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mardi 1 juillet 2014

Lendemain de marche pluvieuse

Au cours de son histoire la Gay Pride a connu succès, rebonds et revers. Groupusculaire à ses débuts, elle a été successivement militante, commerciale, associative, pour devenir aujourd’hui simplement institutionnelle. Il est peut-être temps de la réformer !

Depuis plusieurs années je me force à me rendre à la marche des fiertés. J’essaye de me motiver en reconnaissant son importance, j’observe le vrai plaisir de jeunes amis, français et surtout étrangers (des pays où n’existe pas la liberté de parader) qui la découvrent et s’émerveillent de son ampleur. Mais à chaque fois je ne m’y sens plus à l’aise. Je suis choqué de voir tous ces jeunes qui tiennent à la main une bouteille de bière ou d’alcool, ils semblent suivre tel ou tel char attirés par la force de la sono. Ils sont probablement là pour la cause, et ce mélange de populations friendly devrait me réjouir, sauf que les troupes militantes semblent, elles, noyées dans cette masse.

Et puis il y a les chars… Etait-ce la pluie cette année qui les rendait si tristes et uniformes ? Les plus gros sont aussi ceux qui ont le moins de choses à dire, ils sont envoyés là par les appareils institutionnels : le conseil régional Île de France, les syndicats, les partis politiques (expliquez-moi comment les radicaux de gauche peuvent-ils envoyer un des plus gros chars ?), les grosses entreprises publiques (sncf, ratp), même l’ambassade des Pays-Bas avait affrété un semi-remorque. Qu’est-ce qu’ils font là ces gens-là ? A part soigner leur image ?

Car pendant ce temps, j’ai à peine aperçu les banderoles des quelques associations qui comptent aujourd’hui et font avancer nos combats. Où était le char des trans ? Pourquoi Act-Up n’a-t-il plus de gros camion ? Pourquoi les sans papiers et les demandeurs d’asile soutenus par l’Ardhis et Les lesbiennes dépassent les frontières, nombreux et nombreuses cette année, doivent-ils marcher perdus dans la foule ? Un de ces gros chars institutionnels n’aurait-il pas pu les mettre en avant ? Pourquoi le Centre de santé 190, le lieu qui aujourd’hui innove et trace l’avenir de la prévention du sida et des IST, n’avait-il droit qu’à une petite camionnette ? De même le CRIPS accompagné des Séropotes a relégué le gros bus qu’il louait les années passées pour un petit train au moteur toussotant…

La marche a perdu sa flamboyance, et ce n’est pas la pluie qui est responsable. Dans les années 90 c’étaient les commerçants qui occupaient le terrain et avaient dénaturé le caractère militant et revendicatif de la marche. Ils ont été peu à peu écartés à partir de 1997. Aujourd’hui ce sont les institutionnels qui ont pris la relève.

Nous avons une année pour préparer une autre marche. Et si les institutionnels sont si préoccupés par notre fierté (et si altruistes !), ne pourraient-ils pas simplement nous offrir des plateaux de semi-remorques vides : nous nous chargerons de les occuper ! Alors la marche retrouvera son sens.

vendredi 4 avril 2014

Les gays sont-ils dispensés de prendre soin d’eux ?

Week-end de Sidaction, entendrons-nous parler de prévention ou juste des formidables avancées des traitements ?

C’est quoi la prévention du sida que l’on nous vante tant actuellement ? C’est juste une philosophie de la vie, consumériste et béatement confiante envers le progrès médical. C’est un choix politique conforme à l’individualisme ambiant. C’est une vue archi pessimiste de la vie en société. Il nous faut tourner le dos à cette orientation !

Imaginez que l’on explique aux fumeurs : ne vous inquiétez pas, nous arrivons de mieux en mieux à soigner le cancer du poumon. Nous comprenons que vous ne parveniez pas à renoncer à ce plaisir formidable qui encrasse votre gorge et vos poumons. Mais grâce aux médicaments élaborés par les laboratoires, nous allons contenir les effets de la fumée…
Et pour les obèses ? Mangez braves gens, gavez-vous de graisses, de sucres, bouffez à vous en faire péter l’estomac. Nous sommes en train de mettre au point un médicament qui évitera l’infarctus et compensera votre alimentation lamentable.
Et les conducteurs d’automobiles ? En voilà des individualistes indécrottables, pourquoi continuer de leur imposer la ceinture de sécurité qui constitue une entrave à la liberté de mouvement et contrarie le confort du conducteur ? On fait des merveilles dans les hôpitaux aujourd’hui pour reconstruire un accidenté.

Pour le sida chez les gays c’est exactement ce type de choix absurde qu’on laisse se propager. La découverte de la fameuse trithérapie a été un tel soulagement qu’elle a relégué au second plan la prévention comportementale. Le nouveau dogme qui fait rage est : « testez-vous, on vous soignera », on ajoute pour ceux qui ne sont pas encore atteint « on est en train de tester la pilule préventive du sida » (essai Ipergay). Que fait-on alors du safer sexe et du préservatif ? Et n'oublions-nous pas les autres IST ? Que deviennent les méfiances vis-à-vis des effets secondaires des médicaments ? Quels seront les effets à long terme de cette sexualité médicalement assistée ?

On parle de plus en plus de l’influence de nos comportements sur notre santé, on nous prescrit sans cesse des conseils pour aller mieux. Très souvent ils nous incitent à nous discipliner et à maîtriser notre soif de plaisirs : éviter d’aller au soleil sans se protéger la peau, manger mieux et moins pour garder la forme, limiter la prise d’antibiotiques, d’anti-dépresseurs et autres médicaments aux effets secondaires pour se prémunir de certaines maladies du siècle (Cancers, Alzheimer, Parkinson, AVC…)… Pour le sida la méthode serait donc toute autre ? La sur-consommation de médicaments serait préférable à l’adoption des règles du safer sexe ?

L’augmentation des contaminations chez les gays le prouve, nous payons aujourd’hui le relâchement de cette prévention éducative et citoyenne. Il est impératif que toute la communauté gay se remobilise pour la remettre au goût du jour.

mardi 11 mars 2014

Nos filles à pédés ne nous connaissent pas tant que cela

Les filles à pédés, ces copines qui nous adorent, qui nous accompagnent en boîte de nuit, qui nous servent parfois de couverture lors de nos incursions dans la société hétérosexuelle, ces filles avec qui nous passons tant de temps, en fait, ne nous connaissent pas si bien que cela…

Je m’en suis rendu compte vendredi dernier lors de la soirée qui leur était consacrée. Nous devions désigner la fille à pédés de l’année, elles étaient quatre à avoir réuni pas mal de garçons autour d’elles. Pour les départager j’ai voulu évalué leur connaissance de la culture gay en leur posant quelques questions. Et le verdict est tombé, nous parlons peu à nos meilleures copines de nos petites affaires personnelles.

Elles ne connaissent pas les applis qui nous permettent de nous rencontrer en ville, ignorent le nom du plus célèbre sexe club parisien, même si elles ont entendu parler de l’existence des backrooms, elles ne savent absolument pas ce qu’est un « glory hole », et encore moins un « prince Albert ». Il a fallu faire preuve de pédagogie pour leur expliquer que le goût des gays pour le sauna ne provenait pas de leur admiration pour les coutumes locales suédoises mais juste pour le plaisir de suer en bonne compagnie dans la tenue d’Adam. En revanche elles ont toutes été capable de mimer la pratique du fist fucking qui semble donc avoir été définitivement intégrée dans la culture de nos amis hétérosexuels. Mais inutile de leur demander si leur copain le préfère à l’eau ou au silicone, elles ne savent pas qu’il existe plusieurs types de gel pour faciliter l’usage des préservatifs.

Le moment fort de cet exercice culturel fut la présentation de plusieurs objets cultes qu’elles devaient identifier pour expliquer ensuite leurs usages (voir photo ci-dessous et sa légende explicative).

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Vous reconnaitrez sur cette image : un jockstrap, deux cockrings, un flacon de poppers, un tube de gel silicone et un vibro masseur de prostate...

Une seule candidate, Brigitte, est sortie du lot et a été en mesure de répondre à toutes les questions sans hésitation. Mais c’était en fait Lady Cypline, créature travelottée bien connue du public de la Folle Académie, qui s’était déguisée en fille à pédés. Elle a été démasquée par le regard intraitable et sans pitié du Taulier Méziane, et aussitôt disqualifiée et chassée de cette compétition.

La moralité de cette deuxième journée internationale de la fille à pédés est que nous sommes en fait très cachotiers avec nos meilleures copines, elles ignorent presque tout de notre passionnante vie sexuelle. Si les filles à pédés en savent si peu sur nous, imaginez un peu le niveau culturel des masses hétérosexuelles ? J’en frémis.

Brigitte aux côtés de Madame Hervé a été démasquée par le taulier Méziane, c'était en fait Lady Cypline.

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Retrouvez toute la galerie de photos sur notre page Facebook.

mardi 10 décembre 2013

Echos d’un week-end sous le signe de la fidélité

L’histoire de la Boîte à Frissons est jalonnée de belles rencontres, assorties de passions et de fidélités amicales. Illustration avec les échos de cette semaine.

Soirée de présentation de la trilogie théâtrale Un Cœur Sauvage de Christophe Botti, vendredi soir. Petite frayeur en début de soirée quand un autobus discothèque marqué à l’effigie de TF1 a fait débarquer un groupe d’une quarantaine de personnes, dont un bon nombre de jeunes filles d’origine polonaise. Ravies, certaines d’entre elles ont manifesté leur bonne humeur en se précipitant sur la piste de danse. Le souci dans ce cas-là est d’expliquer le plus gentiment possible qu’à l’heure du bal musette il faut respecter quelques règles élémentaires : tournoyer dans le bon sens, ne pas bousculer les autres couples et déposer son verre sur une table et non sur le beau plancher ciré ! La pédagogie a fonctionné et le début de soirée s’est bien déroulé.

Plus tard dans la nuit toute l’équipe du Cœur Sauvage, qui avait appris à danser le madison pour l’occasion, s’est présentée sur notre petite scène pour vous donner rendez-vous au Théâtre Clavel à partir du 9 janvier. Christophe Botti, auteur, et ancien élève de la taulière (lorsqu’elle était professeur de lycée) a rappelé que deux des trois pièces avaient été créées au Tango : un Cœur Sauvage en 2005 et un Cœur en Herbe en 2010. Leur présence parmi nous un mois avant la grande première était donc une marque d’amitié durable.

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Samedi, l’école de danse "Laissez-nous danser" nous a présenté, en guise de cadeau de Noël une chorégraphie sur le thème de Glee. C’était une préfiguration du spectacle qui sera donné en fin d’année scolaire (vers le mois de juin) par l’atelier chorégraphique de l’école. C’était aussi l’occasion de vous donner envie de vous joindre à eux pour apprendre à danser ces fameuses danses de salon que nous pratiquons en début de soirée. Là encore, l’animateur de cette école, Julien Poli, fréquente régulièrement notre bal depuis le premier jour où il y a découvert le plaisir de danser la valse et le tango ! Un samedi par mois, il prend en mains les platines et propose sa programmation musicale (avec des bizarreries comme du Lady Gaga remixé en version cha-cha !). Restez informés en devenant membres de notre groupe fan club des danses à deux sur facebook.

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Et si votre taulière a la réputation d’aimer les kikis et de choyer les jeunes, elle sait aussi recevoir ses vieux amis, comme Claude (bientôt 80 ans) qui est un papy fidèle au Tango. Il nous a raconté ses derniers plaisirs, comme réchauffer ses vieux os dans le bain à remous d’un sauna, excellent pour les rhumatismes, ou donner un récital de chant au centre culturel français de la ville où il habite. Justement samedi soir il était accompagné d’amis espagnols et nous avons dansé sur une de ses chansons écrite tout spécialement pour nous : le madison de la Boîte à Frissons.

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lundi 25 novembre 2013

Ipergay, un échec annoncé

L’ANRS, qui fête ses 25 ans en compagnie du Président de la République, pourra se vanter d’avoir réalisé la plus couteuse des études scientifiques pour démontrer que le préservatif demeure, toujours et encore, le meilleur outil de prévention du sida et des IST.

Au départ le but de cet essai, nommé Ipergay, et donc destiné aux gays, était de tester l’efficacité d’un traitement permettant de se prémunir d’une contamination en cas de pratiques à risque. Traduisons : le Truvada (nom de ce médicament déjà utilisé dans les trithérapies), deviendrait ainsi une sorte de pilule sexuelle anti-vih.

Une fausse bonne idée : proposer une solution médicale aux gays séronégatifs borderline, ceux qui ne parviennent quasiment jamais à utiliser des préservatifs, ceux qui cumulent tous les facteurs de risques, et qui en fait, constituent une toute petite minorité qui a toujours existé depuis l’apparition du sida. Et cela dans notre contexte de restrictions budgétaires, alors que tous les séropositifs n’ont pas partout accès à des traitements, alors que l’on tente de limiter les effets secondaires prévisibles des trithérapies, alors que l’on ne cesse de s’interroger sur les conséquences à terme de la sur consommation de médicaments, alors que l’on sait que l’observance d’un traitement est déjà compliquée pour un malade, etc.

Malgré toutes ces réserves, malgré le grand pessimisme face aux hypothèses de cet essai, l’ANRS et l’association AIDES se sont engluées dans Ipergay (budget annoncé, entre 6 et 12 millions d'euros selon les articles...).

Aujourd’hui tous les échos de l’avancée de cet essai confirment que l’on va dans le mur. Il n’y a pas assez de gays séronégatifs qui ont envie, et encore moins besoin, de jouer les cobayes. Et cela malgré tout l’argent dépensé en communication ; malgré tous les efforts des salariés de AIDES qui, pour obéir aux ordres de leur direction, détournent leur mission de dépistage et de prévention au profit du recrutement de volontaires pour Ipergay ; malgré le nouvel habillage de l’essai qui est à présent davantage présenté comme une offre de santé sexuelle gay friendly plutôt que comme le test d’un médicament proposé par un laboratoire privé.

Si bien que comme l’explique sans sourciller le sociologue Gabriel Girard, associé depuis le début à la mise en place de cet essai, on se rend compte que les volontaires ne sont pas des barebackers incorrigibles (l’hypothétique public concerné), mais des braves gays, soit militants, qui se sont engagés par altruisme, soit des angoissés qui sont heureux d’être enfin bien pris en charge, et gratuitement, pour avoir un suivi régulier de leur état de santé sexuelle.

Comme on manquait de volontaires, on n’a donc pas hésité à recruter des gays qui mettent une capote la plupart du temps, voire tout le temps pour certains. Et comme au fil de cette prise en charge, bichonnés comme ils le sont, testés pour toutes les IST, conseillés, fournis en préservatifs, ces volontaires s’avèrent prendre de plus en plus soin d’eux : ils mettent un préservatif ! C’est comme s’ils devaient tester une crème solaire sans s’exposer au soleil. On va se retrouver avec un essai qui risque bel et bien de démontrer que décidément la capote, lorsqu’elle est bien utilisée, par un public bien informé et motivé, cela marche super bien !

D’autant plus que quelques confidences de certains volontaires (du groupe des angoissés, car les altruistes de l’échantillon s’avèrent être de sacrés militants d’Ipergay) révèlent d’autres faiblesses de cet essai. Ainsi, à la suite de la prise de leur pilules, certains ressentent des effets secondaires (diarrhées, fatigues, cauchemars…), et d’autres pas… Ils en concluent facilement qu’ils prennent ou pas le placebo…

Pour finir, les gays vont comprendre que ce Truvada ne les protégera que du vih, et qu’ils seront donc obligés, s’ils souhaitent se protéger des autres IST d’utiliser la capote (toujours elle !).

Aujourd'hui on doit admettre que l’on ne trouvera pas assez de volontaires pour faire cet essai dans les conditions prévues par les hypothèses de départ. Même en allant demander de nouveaux crédits à l’Europe pour aller recruter dans d’autres capitales gays (on a démarré à Montréal).

Arrêtons les frais, reconnaissons que l’on s’est trompé et que l’analyse de départ des comportements sexuels des gays était erronée : on a confondu les pratiques à risques des séropositifs avec celles beaucoup plus prudentes des séronégatifs. Le traitement préventif conçu comme une pilule qui nous offrirait une liberté sexuelle sans contrainte est une utopie bio-médicale d’un autre âge, et probablement un beau projet économique de l’industrie pharmaceutique.

Au moins l’échec annoncé d’Ipergay nous permettra de revenir aux valeurs sûres de la prévention : la réflexion sur nos comportements sexuels, la promotion du safer sexe et la reconnaissance du bien-fondé de la santé communautaire.

samedi 21 septembre 2013

L’engagement collectif est un facteur de bonheur

Cet automne en octobre le Centre LGBT fêtera ses 20 ans. La Taulière se souvient que c’est au CGL qu’elle a débuté sa carrière d’organisateur de soirées. Occasion d’inciter les plus jeunes à s’engager dans la vie associative.

Texte dédié à D

Si certains se demandent pourquoi je suis si attaché au Centre LGBT, il leur suffit de jeter un coup d’œil sur cette affichette. C’était au tout début de 1995 et j’ai déjà raconté sur ce blog l’histoire de ce mémorable premier bal gai et lesbien au Tango.

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Je me suis présenté un jour au Centre avec une idée folle. Cette structure associative m’a accueilli et m’a fait confiance (certes je n’étais pas un inconnu, puisque je circulais dans le milieu militant gay depuis un peu plus d’une dizaine d’années). Puis dans la foulée j’ai créé les Gais Musette, et deux ans plus tard la Boîte à Frissons, en opérant une reconversion professionnelle osée.

Une fois devenu commerçant gay j’ai gardé la fibre militante et je continue à m’investir dans la vie associative. On ne doit jamais oublier d’où l’on vient, et ce que l’on doit aux autres. Voilà aussi pourquoi j’ai du mal à comprendre le manque d’investissement de beaucoup de gays dans les actions communautaires. Depuis 30 ans l’idéologie libérale fait son travail de sape en développant l’individualisme et en dénigrant l’engagement collectif. On se retrouve seuls devant nos écrans, on se soucie « de soi » au lieu de nous rencontrer dans des actions communes.

En tout cas personnellement, mes souvenirs de moments de bonheur intense (en dehors de mes grandes amours) sont associés à mes engagements dans des combats collectifs*, lorsque l’on parvient à former un groupe uni et à réaliser des merveilles. Se mêlent alors convictions, élan collectif et plaisir d’être ensemble.

Engagez-vous, engagez-vous, il n’y a rien de tel pour se sentir mieux !

  • Les combats dont je me souviens avec plaisir : les grèves au lycée, à la fac, le sauvetage de l’enseignement des sciences économiques et sociales au lycée, les universités d’été homosexuelle à Marseille, la coordination nationale homosexuelle en 1988, le combat pour la sauvegarde du jardin Villemin puis les actions de La Gazette du Canal, la création des Gais Musette, le cortège associatif de l’Europride, le comité de vigilance en solidarité avec les sans-papiers du quartier… plus récemment et encore aujourd’hui : le collectif Parlons Q.


vendredi 13 septembre 2013

Communiquez comme ils disent

La Taulière est-elle une bonne communicante ? En tout cas elle a tout utilisé : Flyers, mailing, news letters, site internet, blog, facebook… Rétrospective.

Imaginez à quel point la communication a bougé depuis 16 ans ! Pour joindre notre public en 1997, il fallait aller distribuer des prospectus (on devait déjà dire flyers) dans le Marais, passer de la publicité dans les journaux gays gratuits (Il y en avait plusieurs) et… envoyer des lettres par la poste ! J’organisais donc des réunions « mailing » un après-midi tous les deux mois pour envoyer à mes fidèles clients le programme à venir. Au début je devais avoir 200 enveloppes à préparer, mais très vite il y en a eu entre 2000 et 3000 (coller l’étiquette, plier la feuille, la placer, fermer l’enveloppe, faire des tas par arrondissement…). Il y avait une petite vieille, Jackie, amie de ma grand-mère qui adorait venir m’aider, elle amenait une autre de ses amies retraitées et faisait pour l’occasion un gâteau que nous dégustions autour d’une tasse de thé. Nous rigolions en nous demandant comment un contrôleur de l’Urssaf aurait qualifié ce personnel bénévole. J’exploitais la disponibilité du troisième âge !

Puis arriva Internet. Progressivement, l’adresse mail remplaça l’adresse postale et j’ai démarré « Frissons sur le Net » en 1999, le courriel d’information de La Boîte à Frissons. Lorsque j’envoyais un mail à 150 correspondants je pouvais recevoir entre 30 et 50 réponses. Aujourd’hui si j’envoie une telle « news letter » à presque 4000 adresses je recevrai au maximum une dizaine de réactions.

C’est en 2006 que j’ouvrais ce blog, dans le but d’entretenir l’esprit de la Boîte à Frissons et de tisser des liens avec notre public. Cela marcha très bien si j’en juge par tous les commentaires reçus ou formulés oralement au cours des soirées, ou encore lorsque je fus apostrophé par le Maire de l'arrondissement lors d’une réunion publique où il se scandalisa d’une des prises de position de « Madame Hervé » sur son blog (ce jour là je me suis beaucoup amusé !). Le blog fonctionnait donc bien.

Puis Facebook est arrivé, je m’y suis inscrit en décembre 2008 et il a peu à peu pris de plus en plus d’importance dans notre communication (création de la page, du groupe fan club…), mais avec un effet pervers : Facebook est un déversoir d’humeurs, de coups de gueule, de joutes inutilement agressives. Bref c’est un extraordinaire outil de réseau, mais à utiliser avec précaution. Il a fallu apprendre, limiter les publications pour ne pas envahir les « amis » et surtout faire gaffe à ce que l’on dit !

Cette fuite à la modernité et aux nouvelles formes de communication nous mènera-t-elle à une application smartphone ? Pas encore ! Aujourd’hui nous allons revenir au contraire à des formes anciennes, nous sortirons prochainement un programme papier en couleur, plus fun. Le site sera légèrement ravalé ainsi que le courriel « frissons sur le Net » et… le blog va reprendre du service pour redevenir une vitrine de la vie de La Boîte à Frissons.

Ceci étant, entre nous, est-ce la communication qui assure le succès de La Boîte à Frissons ? N’est-ce pas plutôt tout autre chose : la réalité de ce qui s’y passe, l’ambiance conviviale qui perdure au fil des ans et tout au long de la nuit, les rencontres bien réelles qui s’y produisent !

La morale de cette histoire ? Communiquer d’accord, mais uniquement parce que nous avons de bonnes idées et de vraies convictions !

vendredi 6 septembre 2013

Les Gais Musette changent de nom

Les Gais Musette ont décidé de changer de nom. L’association va se nommer « Rainbow Evidanse ». Pourquoi un terme anglais ? Pourquoi cette évidence de la danse ? Il parait que c’est plus moderne, moins ringard, et correspond davantage aux activités actuelles de l’association.

J’avoue que j’ai du mal à les suivre. Déjà bâtir un nom prend des années. Ensuite faut-il absolument utiliser l’anglais pour parler au public gay et lesbien ? De la même manière, mais vous allez dire que je chipote, je n’aime pas beaucoup le mot « Evidanse », tout simplement parce que je sais qu’il faut toujours se méfier des évidences !

J’ai retrouvé un des premiers tracts des Gais Musette, sorte de charte constitutive de l’association : "Le Paris gai, ces dernières années, s'est uniformisé. Partout sévit la même formule, les décibels à outrance, les fantasmes sur papier glacé, les rencontres furtives et, au bout du compte, des formes d'exclusion et de sectarisme : filles d'un côté, garçons de l'autre ; hétéros proscrits ; plus de trente-cinq ans non musclés non admis ; intégrisme musical techno, etc. Pendant ce temps le sida nous décime et nous défie. Nous croisons à nos fêtes des personnes très diverses. Les jeunes dansent avec les plus âgés. Des ami(e)s hétéros nous rejoignent. Certains invitent leurs collègues de travail, d'autres leurs voisins de palier. Les farandoles, le Madison, le quadrille du french cancan, la danse du tapis sont des moments particulièrement chaleureux. En prime les danses à deux facilitent les rencontres ! Tous ces moments de bonheur sont pour nous des cadeaux et nous confirment dans notre parti pris musette !"

Et oui le parti pris était « musette » en référence à tout un pan de cette culture populaire de l’entre deux guerres. Il s’agissait de refuser le diktat du gay-stream (oui en anglais !), d’assumer pleinement nos goûts pour la variété française, les musiques du monde et même l’accordéon, la danse à deux occupait pleinement sa place, sans être l’unique objet de l’association (à cette époque les fêtes étaient plus importantes que les cours).

En écrivant cela j’ai bien conscience de jouer le jeu du témoin gênant, celui qui se fait assassiner dans les romans policiers. Serait-il temps que je prenne ma retraite ? (Ou au moins que je ferme ma gueule ?) Au diable la nostalgie et longue vie à Rainbow Evidanse !

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PS : Extrait de l'article 2 des statuts de l'association
L’association a pour objet "De résister face à une certaine uniformisation culturelle, en œuvrant pour conserver la mémoire d'une culture populaire qui s'est notamment exprimée et affirmée à travers les danses du genre musette et la chanson française."

lundi 2 septembre 2013

Rentrée de vacances de la Folle Académie

Un des petits plus de La Boîte à Frissons est la présentation de nos shows maison. Voici quelques échos de celui de vendredi dernier.

Les ingrédients de la folle académie* sont multiples : follitude assumée, prétention s’abstenir, érotisme pourquoi pas, humour toujours bienvenu, du chant en direct et… la francophonie particulièrement appréciée.

Ainsi vendredi soir le show a commencé par un numéro de la délirante Lady Cypline, celle qui parvient à faire un atout de son incapacité à chanter juste. Dans « Née comme ça », inspiré par « Born this way» de Lady Gaga, elle dresse un constat lucide sur elle même, « elle voulait être star, rester divine, grandir comme une reine, porter des bijoux autour du cou », et finalement « elle se retrouve se maquillant à la truelle, portant des perruques poubelles, jamais potiche, toujours chiche, roulant en estafette ». Cela ne s’invente pas, et finit par un hymne qui sera repris en chœur par le public du Tango : « vive les gais, vive les gouines, vive ceux qui veulent être eux-mêmes ».

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Mademoiselle Gisèle est particulièrement douée pour nous raconter ses manies en détournant les paroles des grands classiques de la variété française et internationale. Rentrant d’une plage ensoleillée elle nous a transformé « voyage, voyage » de Désireless en « je nage je nage, elle nage plus loin que la nuit et le jour », mais voyant sur cette plage tout le Marais qui a débarqué, la voilà qui se plaint : « j’enrage, j’enrage » et cela finit par dégénérer lorsqu’ un gars la drague, elle s’énerve et hurle « dégage, dégage, et jamais ne reviens » ! Bon vous me direz, c’est quoi cette histoire hystérique ? Et je vous répondrai, c’est cela la Folle Académie !

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C’est Zoa qui a bouclé le show. Cette petite traîne ses talons aiguilles dans les jupes de Madame Hervé depuis son adolescence (difficile cela va de soit). Elle a la plume facile, la répartie acide, et toute la vie devant elle, cela promet. Vendredi elle a repris le tube de l’été de Rihanna « shine bright like a diamond » qui est devenu en français « larguée comme une pauv’fille sur une plage à Malaga ».

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Il est certain que les paroles de ces trois chansons ne figureront pas dans les anthologies futures de la poésie française, mais ces shows, eux, participent bel et bien à la légende de La Boîte à Frissons.

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  • Rendez-vous chaque dernier vendredi du mois avec la Folle Académie : scène ouverte aux amateurs, débutants ou confirmés. Répétitions le mardi : La Taulière surveille, encourage (elle se garde le beau rôle la garce !), le Taulier Méziane et le DJ Gilles supervisent et jouent les mauvaises (recommence, chante plus fort, bouge un peu, commence par apprendre ton texte !...). N’hésitez pas à nous contacter pour monter prochainement sur scène.


vendredi 30 août 2013

Une si longue absence

Depuis quasiment un an votre Taulière a délaissé son blog. Va-t-elle aujourd’hui sortir de son mutisme, surmonter sa crise de maturité et retrouver sa légendaire verve ?

Dans la vie il y a des hauts et des bas, le problème avec le boulot de Taulière est que les bas ne sont pas autorisés ! Je suis là pour le plaisir, pour que chaque soir La Boîte à Frissons joue son rôle de boîte à bonheur. Et cela depuis 16 ans ! Or ce blog, ouvert en 2006, était justement un de ces lieux où je déversais ma légendaire joie de vivre (croyez-le ou non, cela dure depuis mon enfance !), qui parfois, je l’admets, se manifeste par de sacrés coups de gueule qui ne font pas plaisir à tout le monde.

Lorsqu'une accumulation de soucis ébranle votre superbe moral, il peut être utile de se taire, même si « the show must go on !». J’ai donc douté. A quoi bon un blog, pourquoi s’épancher et susciter ensuite toute la hargne à laquelle s’adonnent les aficionados d’Internet ? Et puis il y a eu d’autres combats qui m’ont davantage mobilisé (Parlons Q : ou comment bouger les gays perdus dans leur sexualité productiviste ?).

Aujourd’hui, alors que nous allons entamer notre 17ème saison au Tango, j’ai décidé de revenir, parce que de l’avis général je vous ai manqué et que La Boîte à Frissons ne serait pas ce qu’elle est sans une Taulière toujours bavarde. Je reprends en mains ce blog !

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mardi 15 janvier 2013

Mariage, porno gay, normalité

Quoi de commun entre le mariage et le porno gay ? la même aspiration à une hétéro normalité ?

Au lendemain de la grande manifestation catholique contre le mariage homosexuel j’ai envie de vous faire partager un commentaire de John Rechy, écrit en 1977 dans The sexual outlaw (cité dans la conclusion du livre de René Paul Leraton sur le porn gay).

  • « Nous voulons nous marier. Nous sommes en attente du vrai grand amour. Avons-nous tort ? Non si certains le veulent. Mais le mariage et la fidélité ne doivent pas devenir une obligation.
  • Adopter des enfants ? Nous pourrions être de bien meilleurs parents que certains autres.
  • Nous engager dans l’armée ? Devenir policiers. Soutenir toutes ces institutions pourries qui nous ont massacrés ?
  • Rejoindre les églises qui nous ont toujours crucifiés ?
  • Les révolutions sont vouées à l’échec quand le pouvoir en place se sentant menacé distribue des miettes. Donc ils peuvent très bien nous « permettre » de nous marier, de nous engager dans l’armée, de devenir flic ou religieux. Mais ils ne nous laisserons pas baiser !
  • Essayer d’être plus hétéro que les hétéros dans notre façon de vivre est une forme de haine de soi-même. »

Durant cette bataille pour le mariage gay, je m’intéresse en effet au cinéma porno (pour un projet de documentaire mis en atelier au sein du collectif Parlons Q). Très ignorant sur le sujet, cela me donne un regard assez naïf. Quel rapport avec le mariage ? Il se trouve que le porno véhicule des valeurs et des modèles culturels. Ainsi, et surtout depuis la fin des années 80, l’homme qui excite les gays dans les films a de préférence des allures d’hétéro, aux manières plus viriles que tendres et il est super bien membré. Il y a chez les gays cette contradiction, ils hésitent entre un grand conformisme et des envies de liberté.

Quoiqu'il en soit, les plus jeunes découvrent aujourd'hui que la lutte militante a son utilité, et c'est cela qui me fait plaisir.

Lire : Le porn gay. Le film porno gay : histoire, représentations et construction d'une sexualité. René Paul Leraton, éditions H & O, 2002.

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lundi 19 novembre 2012

Vieillir LGBT

Une conférence s'est tenue à Paris à l'initiative du Centre LGBT. Un thème avec lequel les gays ont beaucoup de mal !

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Quand on est gay comment aborder la question du vieillissement ?

En caricaturant : vous savez les gays ne font pas leur âge, ils soignent leur allure, utilisent depuis longtemps des crèmes anti-rides.
En dramatisant : un gay commence à être vieux à 30 ans et n’ose plus se montrer en public après 50.
En niant le problème : on connait tous de vieux cochons, les gays continuent leur vie sexuelle, en plus y’a le viagra.

A la conférence « vieillir LGBT » organisée le week end dernier par le Centre LGBT le constat était moins fou (folle !) : les vieux gays sont simplement un peu plus seuls, ils ne peuvent pas compter sur le traditionnel réseau de solidarité familial, ils portent souvent sur leurs épaules le poids d’une vie passée à dissimuler son homosexualité et ils ont pris en pleine gueule l’épidémie de sida. Alors ils compensent et s’adaptent en cultivant d’autres rapports solidaires, ceux que l’on a avec les amis, qui constituent une autre famille, choisie celle-là ! Même que les vieux célibataires rêvent encore de rencontres et ne désespèrent pas de trouver le partenaire avec qui ils aimeraient partager leurs vieux jours. Enfin ils se cultivent plus que les autres car ils ont le temps !

Actuellement c’est une nouvelle génération de gays qui va parvenir à la retraite, notamment ceux qui ont été les acteurs du mouvement homosexuel des années 70-80. Cette conférence faisait justement le point sur toutes les initiatives en cours. A Los Angeles il existe déjà une maison de retraite à la mode américaine, luxueuse avec piscine et spa, financée par de riches sponsors. Au Québec et aux Pays-Bas des organisations gays cherchent plutôt à intervenir pour que les maisons hetérottes se sensibilisent aux particularités des vieux gays et vieilles lesbiennes. En France on est aux balbutiements de la réflexion sur le sujet. Les associations comme les Gais Retraités, HommeFleur, David et Jonathan, L’Autre Cercle imaginent des formes d’organisation adaptées à nos spécificités : on se met alors à rêver d’immeubles semi-collectifs, de coopératives gérant une maison de retraite intergénérationnelle, d’encadrement amical de plus vieux que soi…

Mais une représentante du syndicat des directeurs des maisons de retraite a jeté un froid sur nos envies de bien vieillir. La réalité est bien moins rigolote, y compris pour nos amis hétéros, puisque 80 % des vieux (plus souvent des vieilles du reste) sont déjà atteints de la maladie d’Alzheimer lorsqu'ils aboutissent dans les établissements spécialisés, ils y entrent contraints et forcés. Le personnel est débordé, les budgets de fonctionnement sont serrés.

Bref gay ou pas, le hic est le moment où l’on bascule dans la grande vieillesse. Car avant cela, la question centrale pour les gays de tous âges reste la même : aménager sa vie pour ne pas être seul et savoir profiter des solidarités communautaires. L’ennemi du marginal est son isolement, sa force est sa famille reconstituée et choisie.

mardi 6 novembre 2012

Qu’on en finisse avec le mariage

Madame Hervé n’a jamais été fan du mariage et pense que les homos sont rattrapés par leur éternelle contradiction : droit à l’indifférence ou fierté d’être différent ?

Une des rares raisons qui pouvait me réjouir de voir revenir les socialistes aux affaires était qu’ils allaient enfin nous débarrasser de cette histoire de mariage des homosexuels. Ben oui, à titre personnel je ne suis pas fan du paradigme « égalité des droits » avec lequel se délecte le mouvement LGBT depuis tant d’années, en particulier depuis le montage médiatique du mariage de Bègles. Moi cette égalité-là je m’en fiche, car je n’y crois pas. Il y aura toujours des riches et des pauvres, des dominants des dominés, et donc des discriminés… des homos et des hétéros. Et donc des luttes sociales !

Je ne crois pas non plus à l’efficacité des lois « bonne conscience », du genre on interdit le racisme, l’homophobie, l’antisémitisme, l’usage du tabac, la drogue, l’euthanasie, sans oublier la prostitution ! Car se faisant, on ne s’attaque pas aux racines des soucis de la société.

Et les homos ont voulu croire qu’en accédant au mariage ils auraient enfin leur place et leur reconnaissance dans la société, comme les parvenus pensent qu’en s’enrichissant ils peuvent enfin passer pour des bourgeois. C’était oublier (et les anti-mariage vous le rappellent avec force) que la famille, organisée autour du mariage est le fondement de la morale qui nous persécute depuis toujours. Vous aurez beau tout faire pour vous assimiler à la norme hétérosexuelle, vivre en couple stable et fidèle, être de bons parents exemplaires, vous ne serez jamais assez normal pour faire oublier que justement vous êtes différents.

Dans le mouvement homosexuel il y a toujours eu cette hésitation entre deux aspirations : être comme les autres (le fameux droit à l’indifférence) ou au contraire vivre pleinement sa différence. Dans un cas on a envie de se marier, dans l’autre on aimerait inventer d’autres rapports amoureux.

samedi 3 novembre 2012

Connaissez-vous la marque LATAPEX ?

Dans son ancienne vie La Taulière enseignait les sciences économiques et sociales, et déjà, comme lui ont rappelé des anciennes élèves en visite au Tango vendredi soir, Hervé Latapie était branché « prévention ».

Le moment de bonheur vendredi soir fut la visite de trois anciennes élèves du lycée de Villeneuve La Garenne où j’ai fini ma carrière de prof au milieu des années 90. D’abord les compliments du genre « oh vous n’avez pas changé M’sieur » (les menteuses !), puis l’évocation des souvenirs…

L’un d’eux m’a littéralement sidéré. « Monsieur, vous vous rappelez de LATAPEX ? » Et elles ont toutes trois un gros fou-rire.
- A non ? C’était quoi ?
- Ben dans le cours sur la création des entreprises. C’était le nom de la société que vous nous aviez donné en exemple.
- Latapex ? … ???
- Oh, il ne s’en souvient pas ! (elles se bidonnent) Ben oui, « Latapex », la fabrique de préservatifs !

Là effectivement j’ai également éclaté de rire et tout cela m’est revenu en mémoire. Le cours de seconde sur l’entreprise que j’avais conçu comme un jeu « l’entreprise dont vous êtes le héros ». Il fallait trouver une idée et bâtir un empire capitaliste… En plein boum du sida et de la découverte des bienfaits du préservatif, je me suis inspiré de… DUREX ! Je m’étais également servi d’un extrait de l’émission Culture Pub qui présentait une compilation de toutes les pubs du monde entier sur le préservatif (et les petites élèves musulmanes suivaient le cours avec attention, les garçons ricanaient pour faire les malins). Cela avait juste suscité la curiosité du collègue de la classe voisine : il donnait un devoir sur table et ses élèves entendant forcément des bribes de ces spots affriolants avaient été troublés…

Avec mes anciennes élèves, l’évocation de la formidable histoire de l’entreprise Latapex nous ramena à discuter du Sida et de l’air du temps actuel. Fini l’époque où justement on en parlait partout, même dans les cours d’économie. Aujourd’hui elles sont mères de famille et constatent que les enfants ne perçoivent plus la maladie comme une menace sérieuse et qu’il n’y a plus comme avant assez d’information et de mobilisation.

Moralité à faire méditer aux stratèges de la prévention : le martèlement de messages, même entourloupé grossièrement, ne représente pas forcément un traumatisme et peut même laisser dans les esprits de très bons souvenirs.

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mercredi 24 octobre 2012

Bal des travs mode d'emploi

Allez-vous enfin participer à ce bal mythique ? Voici un mode d'emploi pratique.

De bal en bal nous améliorons la formule pour permettre au maximum de monde de jouer le jeu, et en prime nous organisons des animations : mercredi prochain Mademoiselle Gisèle, Lady Zoa et Tara Jackson formeront un drôle de trio pour chanter la salsa des travelos.

Pour cette collection d'hiver, nous vous proposons plusieurs formules :

1) Le Baptême de travelo :
Faites votre baptême de travelo et entrez dans le traveloscope* du Tango. Pour cela contactez-nous au moins une semaine avant, histoire de choisir votre tenue. Avant minuit vous serez présentés au public, photographiés, puis entrainés en coulisses pour habillage et maquillage. Ré-apparition une heure après en créatures de rêve !
(Dernière minute : cette animation est déjà complète, trop de candidats cette année, on vous le dit, la mode travelo refait fureur)

2) Le défilé des collections hiver 2012
Si vous êtes déjà familiarisés avec le travestissement vous arriverez en grande tenue et vers 2 heures du matin vous participerez au défilé des collections hiver 2012 qui sera commenté cette année par le duo qui règne sur la Boîte à Frissons : Madame Hervé et son fidèle associé Méziane (Chantal Raclée pour l'occasion).

3) L'atelier de travelottage
Les paresseux et les novices pourront en arrivant se diriger vers l'atelier de travelottage au fond de la salle où Mademoielle Gisèle, Miss Glam Rockwell, Brithney Nails opéreront des transformations rapides.

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4) La maquillage express :
Et pour que personne n'échappe à la folie de la soirée, le ravissant Sweety Bonbon circulera dans la salle avec rouge à lèvre et crayons noirs histoire de vous colorer un minimum la bobine.

5) les photos souvenirs :
Enfin, notre talentueux photographe Amaury Grisel immortalisera votre allure, et les photos seront projetées toute la soirée. Elles alimenteront par la suite notre collection privée, notamment le fameux "traveloscope".

La fête totale, pied de nez à la crise ! Prochain bal costumé en février, pour le bal des Folles !

lundi 22 octobre 2012

Un gay perdu parmi les lesbiennes

Le thé au Gazon, rendez-vous mensuel des lesbiennes au Tango est pour un gay une belle occasion d’expérimenter la problématique de la mixité.

La Boîte à Frissons, installée au Tango en 1997, a toujours affirmé son caractère mixte : le bal est gay et lesbien. Pourtant force est de reconnaître que c’est un lieu avant tout gay, ne serait-ce que parce que ses animateurs sont gays. Pourtant les lesbiennes sont nombreuses à le fréquenter et ne semblent pas s’y sentir trop mal à l’aise. Certes il y a parfois à la porte des couacs, lorsque des filles suspectées d’être hétérottes sont refusées par erreur. Mais notre cohabitation ne se déroule pas si mal.

Et une fois par mois (le troisième dimanche) les lesbiennes investissent le Tango pour leur Thé au Gazon. A chaque fois que j’y fais un tour, j’expérimente une situation que beaucoup de gays devraient connaître de temps en temps : je suis tout à coup ultra minoritaire (Dimanche nous étions 4 hommes dans la salle pour plus de 200 femmes).

Et je ne me sens jamais à l’aise dans mes baskets : j’appréhende, je jette des regards inquiets sur mon entourage, j’évite de fixer trop longuement un visage, je me demande surtout comment peut être interprétée ma présence, et je souris le plus gentiment possible pour faire comprendre que je ne suis ni hostile, ni voyeur. Notez que je n’ai jamais ressenti une seule fille agressive à mon égard lors d’un thé au Gazon, mais c’est plus fort que moi, j’imagine que ma présence puisse passer pour incongrue.

Et cela me ramène à une question omniprésente dans le mouvement homosexuel, celui de la mixité. Pourquoi les gays sont-ils si souvent agressifs face à la revendication des filles de disposer d’espaces non mixtes ? Ainsi aux universités d’été à Marseille cela faisait toujours débat, au Centre LGBT certains, encore aujourd’hui, raillent le Vendredi réservée aux femmes. Les gays oublient leur propre non mixité si courante dans leurs établissements de prédilection.

Au Tango, le thé au Gazon est l’espace lesbien, les garçons y sont tolérés mais très peu se déplacent (quelques pédés à lesbiennes, comme il y a les filles à pédés) et c’est très bien ainsi. La non-mixité, personne ne nous y enferme, c’est la réalité sociale et ses discriminations qui parfois la rendent nécessaire et légitime.

vendredi 19 octobre 2012

Pour un retour du sida dans les associations LGBT

Au Tango, le samedi soir on ne craint pas les conversations militantes. Exemple de la semaine : la place du sida dans les associations sportives LGBT.

Dans mon livre Génération Trithérapie je défends la thèse que pour re lutter efficacement contre l’épidémie de sida chez les gays il faut sortir du silence et rendre plus visible la séropositivité. C’est pourquoi avec un petit groupe d’amis nous préparons une initiative pour appeler à la mobilisation de la communauté gay.

Du coup samedi soir, croisant le président d’une association sportive j’en profitais pour aborder le sujet avec lui. Je lui exposais notre idée : provoquer durant quelques mois un grand déballage communautaire sur le thème de la prévention, en se posant chacun la question : concrètement, à notre niveau, que faisons-nous, et que pourrions-nous faire de plus pour enfin inverser cette sinistre remontée des contaminations chez les homosexuels ? Et je lui demandais directement :
- Combien avez-vous d’adhérents séropositifs dans votre club ?
Il m’a regardé un peu choqué, incrédule. J’insistais :
- Combien avez-vous d’adhérents ?
- Euh, environ 300.
- Donc vous avez au moins entre 25 et 45 séropos parmi vous. C’est quand même intéressant de le savoir. Aucun n’apparait clairement en tant que tel ? Vous n’abordez jamais la question entre vous ?
- Mais Hervé cela ne nous regarde pas, tu ne veux quand même pas qu’on leur demande leur statut sérologique ?
- Non bien sûr, mais je m’interroge sur cette invisibilité. Est-elle souhaitable, ou pourrions-nous la briser ? Il faudrait au moins leur demander leur avis, qu’est-ce que les séropos préfèrent : rester incognito ou partager leur expérience avec les séronégatifs ?

Et logiquement c’est en parlant de cette invisibilité des séropos que nous avons commencé à discuter de prévention et de la possibilité de l’introduire dans l’activité du club.

Voilà une illustration du débat qui serait souhaitable de lancer dans le monde des associations LGBT : comment chaque association, notamment celles qui aujourd’hui regroupent le plus de monde (sportives et de convivialité), peuvent-elles intégrer dans leur activité la question de la lutte contre le sida et les IST ?

mercredi 17 octobre 2012

LA GRACE D'UN SAMEDI SOIR

A la soirée "danse avec moi !" vendredi dernier, le bonheur de tenir un garçon dans ses bras.

J’ai ressenti une certaine grâce vendredi soir à la soirée « danse avec moi ! ». Les oiseaux de mauvaise augure, toujours sceptiques au sujet de mes lubies, prévoyaient le pire. Pourtant vers 1 h 30, à l’heure habituelle du show j’ai osé haranguer la foule, j’ai empoigné un complice, fort joli garçon en tenue affriolante, et montrer à la cantonade comment saisir son cavalier et danser très facilement une marche et un tango.

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Ce fut du pur bonheur collectif.

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En observant le succès du beau John, qui fêtait ce soir-là son prochain départ pour d’autres aventures outre atlantique, je songeais à l’esthétique homo érotique. Sans nul doute, celle que je préfère est ce mélange masculin féminin, un brin insouciant. J’ai l’impression que la période des homos machos, musclors désagréables, ignorant ce qu’est sourire, est bel et bien derrière nous. Mon seul regret est que la folle esthétique soit devenue barbue.

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mardi 9 octobre 2012

Danse avec moi !

« Au Tango, au bal de La Boîte à Frissons, en première partie de soirée, y’a que des vieux, qui dansent des trucs bizarres sur des musiques ringardes. » Parait que ce serait l’avis général des garçons à la mode du Marais. Madame Hervé elle, sait très bien que danser à deux reste le meilleur moyen de faire des rencontres.

J’adore observer la réaction des clients qui débarquent pour la première fois avant minuit et assistent au spectacle de ce bal inhabituel. Victimes de leurs préjugés, certains sont tentés de sourire et de se moquer (ouaf, ouaf c’est ringard !). D’autres sont d’emblée conquis, leur sourire n’est pas convenu, ils perçoivent de suite l’ambiance bon enfant et mesurent la différence avec les autres boîtes de nuit. Mon plus grand plaisir, certains soirs, est de me lancer dans une initiation improvisée (que je nomme : « ronde des débuTANTES » !), en quelques minutes je parviens à entraîner une vingtaine de couples à danser une marche ou un tango. Alors ils découvrent : la danse à deux c’est quoi ? C’est prendre un garçon (ou une fille) dans ses bras, engager avec lui (ou elle) quelques tours de piste, et c’est encore un des meilleurs moyens pour faire des rencontres, en s’amusant !

Et oui, le bal musette représente une certaine conception de la nuit et de l’amusement, c’est pour cela que nous y sommes si attachés. C’est un état d’esprit basé sur l’échange et le dialogue, cela nécessite une initiation minimum, le respect de quelques règles (on tourne sur la piste dans le bon sens pour ne pas se bousculer). C’est ainsi que certains ayant débarqué par hasard en début de soirée, y ont pris goût et sont devenus des accros.

Soirée spéciale découverte des danses à deux vendredi 12 octobre à partir de 22 h 30.

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En pratique :
Au Tango nous dansons à deux en début de soirée de l’ouverture jusque vers minuit trente. Observez les danseurs et n’hésitez pas à leur demander de vous inviter pour une danse facile (marche, paso et même tango, la valse est un peu plus difficile). En prime nous nous délectons avec toutes nos trouvailles musicales, la programmation si variée constitue une véritable encyclopédie musicale (tous les styles, tous les pays, toutes les époques).

Cours de danse :
Il existe à présent deux cours de danse « same sex » à Paris, Les Gais Musette bien sûr, et « Laissez-nous danser ».

mardi 29 mai 2012

Gloire et beauté au tournoi de sports LGBT

Madame Hervé qui n’a jamais été sportive fait néanmoins l’éloge des sportifs LGBT qui ont organisé le TIP le week-end dernier. Elle regrette néanmoins l’absence de compétition pour les travelos !

« Le rendez-vous de Paris » réunissait samedi dernier les virtuoses de la danse à deux « same sex », et cela dans le cadre du TIP (tournoi international de Paris). Une compétition bon-enfant qui en dit long sur le chemin parcouru depuis l’apparition des associations sportives gays et lesbiennes au milieu des années 80.

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Dans le monde LGBT les sportifs constituent le gros bataillon des troupes : ils sont les plus nombreux et les mieux organisés. Moi qui ai peu l’esprit de compétition, je dirai que l’efficacité de leur fédération (la FSGL) constitue la démonstration que le caractère quasi militaire des machineries sportives a de bons côtés. Avec eux, tout tourne : délégations du monde entier accueillies, hébergées, encadrées. Locations de salle tous azimuts aux quatre coins de Paris. Fête finale dans une grande salle sans mégalomanie, et donc gestion financière rigoureuse, le tout encadré par une équipe bénévole hyper sympa. Bref un esprit que l’on aimerait trouver partout ailleurs dans le monde associatif.

Et du coup je ne peux m’empêcher de penser très fort, et avec beaucoup d’émotion à mon ami Dominique Poggiale, un des fondateur du CGPIF (ancêtre de la FSGL) en 1986 (la Taulière est ainsi, elle ressasse !). La première fois qu’il m’a parlé de cette idée de clubs de sport gays j’ai rigolé. Du sport de pédé ? Moi qui vomissais tous mes souvenirs de vexations et d’ennui dans mes cours de gym à l’école, sans parler des frustrations honteuses ressenties dans les vestiaires. Mais Dominique, par ailleurs militant politique et syndicaliste, m’avait exposé sa conception : « C’est pas parce que t’es pédé et que tu risques des insultes que tu n’as pas droit au plaisir de faire du sport. On va se créer un environnement dans lequel on sera nous-mêmes ». Depuis Dominique est mort du sida, il serait tellement fier et heureux de voir comment sa petite fédération a évolué.

Pour les Gais Musette, ce fut exactement la même chose : puisqu’il n’était pas facile d’aller danser la valse entre mecs dans les bals populaires, nous avons créé un autre environnement, où cette fois, « entre nous » nous pourrions nous adonner à notre passion. Là encore bravo pour le chemin parcouru depuis 1995 (date du 1er bal gai musette). Samedi la compétition avait lieu dans un gymnase municipal, devant un public très mixte, les gens du quartier s’arrêtaient devant la grande porte ouverte et jetait un coup d’œil en appréciant la performance des danseurs et des danseuses.

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Quand je pense que l’on nous bassine depuis des années avec la phobie du communautarisme. La communauté, lorsqu’elle porte des bons projets, travaille avec un bon esprit et s’organise bien, elle fait des merveilles.

PS :
Je regrette beaucoup que ma grande amie Candy Lafolle ne m’ait pas accompagné à ce concours de danse (parfois les folles s’égarent dans des plaisirs plus artificiels et moins authentiques). Elle aurait pu faire une description des couples de danseurs modelés dans de bien curieuses tenues ornementées de strass et de paillettes. Elle se serait extasiée devant la variété des couples de femmes, aux tenues peut être pas très heureuses. Elle aurait regretté l’absence d’un couple de travelos qui aurait pu porter le numéro 69 (année de naissance officielle et factice de Madame Hervé). La danse quick step l’aurait fait sursauter tant cela semblait tout à coup devenir une compétition de patinage artistique. Enfin, peut-être aurait-elle tout à coup rêvé de voir surgir un couple de jolis danseurs en tenue légère (genre shorty lycra) ou entièrement revêtus de cuir seillant.

Je n'ai pas résisté au plaisir d'immortaliser ma visite. Le couple de danseurs a été choisi par hasard...

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