Jeudi 2 septembre 2010
Suzanne et Marie Paule : le film !
Un extrait du film "La Petite Vertu" réalisé par Lalla Kowska-Régnier. Le trav-trash-musette un dimanche soir...
Mercredi 1 septembre 2010
Suzanne et Marie Paule : le trav trash musette (souvenirs 3)
En feuilletant ses albums photos Madame Hervé se souvient. Aujourd'hui le monde des vieux travelos qui venaient à la Petite Vertu.
Elles ont débarqué toutes les deux au premier bal des travs, en juin 1998. L’air de rien, souriantes, très à l’aise. J’avoue : on les a tout de suite adorées. Des vieux travelos on ne peut plus authentiques. Un couple improbable nommé : Suzanne et Marie Paule.

Et en matière de travelos, à l’époque je n’y connaissais pas grand-chose. C’est une copine transsexuelle qui m’avait soufflé l’idée de ce bal. Et je ne sais pas par quel circuit Christine, la tenancière de la MDT (Maison du Travesti) avait été avertie, mais il était clair qu’une bonne partie du public travesti « authentique » venait par son biais, dont Suzanne et Marie Paule.
Suzanne parlait comme un titi parisien, et racontait des bonnes blagues rigolotes. Marie Paule était plus féminine et fofolle. De suite j’ai sympathisé avec elles. Notamment parce que j’avais découvert que Suzanne jouait de l’accordéon et adorait le musette, et je lui ai proposé de venir animer un bal au Tango. Marie Paule, elle, voulait chanter. C’est ainsi que débuta ce que j’ai appelé le « Trav-Trash-Musette ». Elles n’étaient pas vraiment trash, mais leur duo avait un tel look, qu’il provoquait toujours sur le public un effet certain ! C’était quelque chose de les voir ensemble ! Par la suite, elles se sont produites un dimanche par mois dans notre bar-restaurant La Petite Vertu où, en dehors de nos clients, elles attiraient une bande de copines toutes aussi inaccoutumées les unes que les autres.

En dehors de cette ambiance inattendue, elles m’ont fait découvrir tout un monde de vieux messieurs qui avaient attendu la maturité, et parfois la retraite, pour s’adonner au plaisir de s’habiller en femmes. Pas seulement s’habiller, mais également vivre pleinement une sexualité assez libre. Ainsi, Suzanne était une dominatrice, nous rigolions des histoires salaces qu’elle nous racontait, parce que nous ne savions pas quelle en était la part de réalité et de fantasme. Jusqu’au jour où l’on vit débarquer à la Petite Vertu un grand gaillard qui ressemblait plus à un bagnard qu’à un gay body buildé du Marais. Il a réclamé Suzanne et s’est assis sagement pour l’attendre. En arrivant, Suzanne l’a ignoré, il n’a pas bronché et attendu la fin du show pour aller se présenter et discuter avec elle. La conversation s’est terminée par un échange de coordonnées et un baisemain poli. Je demande à Suzanne : - C’est qui celui là, il nous a fait un peu peur en arrivant. - Oh non, il n’est pas méchant, il va venir faire le ménage chez moi. - Le ménage ? - Oui et crois moi, il a intérêt à bien frotter s’il ne veut pas se prendre une raclée… Et elle s’est mise à nous détailler l’organisation prévue pour ce type d’occupation : Marie Paule servant d’hôtesse d’accueil et le gaillard à fesser qui devait marcher à quatre pattes sans lever les yeux sur la maîtresse.
Nous étions pliés de rire, quoique Suzanne elle, était très sérieuse ! Nous savions à présent qu’il fallait se fier à la rumeur : Suzanne jouait de l’accordéon, mais elle maniait aussi à l’occasion le fouet.
A suivre... dans quelques jours je vous montrerai un film tourné à La Petite Vertu avec nos deux amies.
Lundi 30 août 2010
Echos d’un week end comme un autre
Les anecdotes savoureuses de Madame Hervé, ou quelques échos des coulisses de La Boîte à Frissons.
Le week end a démarré dans ma loge : durant plusieurs semaines, en l’absence de mon taulier, je ne m’étais pas transformé en Madame Hervé. Or vendredi soir c’était le retour de la Folle Académie et donc j’ai du reprendre mes bonnes habitudes. J’arrive bien avant l’ouverture, car il me faut deux bonnes heures pour me préparer, je prends mon temps, en écoutant des vieilles chansons. Beaucoup de clients ont manifesté leur satisfaction de me retrouver travelotté ! Moi j’ai juste eu un peu mal aux pieds.
Samedi un charmant jeune homme est venu me parler : « Bonjour, vous n’avez pas été professeur d’économie ? Parce que je crois que j’ai été votre élève, j’étais en seconde au lycée de Villeneuve La Garenne au milieu des années 90 et je vous aimais bien ». C’est le genre de rencontre qui me donne la chair de poule. Même si cela ne me rajeunit pas, mais au moins il m’a reconnu, je n’aurai donc pas changé tant que cela (coquette la Madame Hervé !) ?
En fin de nuit y’en a toujours qui, un peu trop alcoolisés, ont un peu de mal à rester présentables. Je ne vous parle pas des mal élevés qui vont se placer dans le coin le plus sombre de la salle pour allumer une cigarette, encore moins de ceux qui, tels des gamins, se cachent dans les toilettes, à deux si possible, pour s’adonner à leur plaisir tabagique. Non, samedi un garçon complètement ivre avait perdu son ticket de vestiaire, il était mignon, pas agressif, j’aurai bien opéré une fouille rapprochée pour le retrouver ce maudit ticket… mais c’est son petit ami qui s’en est chargé devant moi.… Nous n’avons rien retrouvé et ils sont partis sans leurs affaires, je leur ai donné rendez-vous le dimanche pour le leur rendre (ben oui, si vous perdez votre ticket on est bien obligé d’attendre que tout le monde soit parti pour reconnaître vos affaires). Du coup le lendemain, c’est un autre garçon qui m’est apparu en plein jour devant la porte du Tango : timide, vaguement gêné, extrêmement reconnaissant et se confondant en excuses !
Finalement, on les adore nos clients !
Mercredi 25 août 2010
Les gays doivent-ils mentir à leur maman ?
Aujourd'hui, Madame Hervé aborde un question grave. Attachés comme nous sommes à nos mamans, nous préférons souvent leur dissimuler notre véritable vie. Est-ce bien raisonnable ?
Ils sont trois, attablés à une table. C’est la fin de la nuit. Ils ne sont pas saouls, juste très heureux de leur soirée. Et ils se racontent plein de choses. J’écoute…
- Non je te promets cela fait juste trois mois que je m’assume.
- Et tu as quel âge ?
- 25 ans.
- Et là en trois mois t’es déjà aussi à l’aise ?
- Ben oui le terrain avait été travaillé avant quand même, là j’ai juste décidé de passer à l’acte !
- Et tu l’as dit à tes parents comme ça, d’un coup.
- Ben ouais, plein d’amis m’ont dit que cela me libérerait, et qu’en général cela se passe toujours mieux que ce que l’on imagine.
- Et alors, résultat ?
- C’est la catastrophe, ma mère en pleurs, mon père m’a foutu dehors !
- Non, c’est pas possible ?
- Si, comme dans un mauvais scénario…
La vieille taulière que je suis, c'est-à-dire un homo installé, de notoriété publique, bien accepté dans son quartier, sans énorme souci avec sa famille, cumulant pas mal d’heures de militantisme en tous genres, redécouvre l’existence de la difficulté d’être homosexuel dans notre société. Vous me trouvez naïf ? Disons que je pensais que les choses avaient quand même un peu évolué…
Mais traînant mes oreilles partout et fréquentant, de par ma profession (et de mes goûts aussi !), des jeunes, je me rends compte que le stigmate nous colle à la peau. Je vois tel kiki mentir à ses parents comme vous ne pouvez pas l’imaginer : il s’entend bien avec eux, mais il n’arrive pas à faire son coming out et invente en permanence mille scénarios farfelus pour dissimuler sa vie homosexuelle. Un autre, qui a passé l’âge d’être kiki, la trentaine bien tassée, installé dans la vie, n’a toujours rien dit à ses parents : il va les voir trois weeks ends par an en province, moments qu’il qualifie « d’hypocrisie sociale totale ». Et ainsi de suite : j’ai pris l’habitude de demander à tout le monde « tes parents le savent ? » Et je suis vraiment surpris de constater le grand nombre de gays qui acceptent de jouer la double vie dans leur famille.
Idem, et pire encore, dans le domaine de la séropositivité. L’argument étant de considérer « pourquoi risquer de faire de la peine aux parents ? » Et du coup on se fait de la peine à soi même. On accepte de vivre dans le silence, voire le mensonge.
Et je me souviens d’une autre histoire, dramatique celle là. L’histoire d’une mère qui savait que son fils était homosexuel. Une mère qui en avait souffert au tout début, lorsqu’il lui avait annoncé, mais qui ensuite avait choisi de se rapprocher de lui, de connaître ses amis, de le suivre parfois dans le monde gay, bref, de le comprendre et d’en profiter tel qu’il était. Ce fils homosexuel lui avait ouvert un nouvel horizon, lui avait permis à elle aussi de se faire de nouveaux amis. Des années après, son fils est tombé malade. Il n’a pas voulu affoler sa mère, pourquoi lui faire de la peine ? Elle habite si loin, elle ne pourra pas se rendre compte. Il a dissimulé son sida, entretenant une histoire de longue maladie, compliquée, assez inexplicable.
Arriva ce qui devait arriver : la maman a été appelée à l’hôpital, le fils était mourant. Les médecins ont continué de mentir en respectant le souhait du garçon (et c’est assez facile avec le sida puisque souvent on meure de la complication d’une maladie « opportuniste » ou de l’accumulation de maladies). Et elle a fini par comprendre… Elle qui avait été si proche de lui, elle qui avait parcouru tant de chemin pour se rapprocher, le comprendre, l’accepter. Il lui avait caché cela ! Et elle ne l’avait pas deviné.
Et cette femme ne s’en remet pas. Un jour où j’hésitais de parler à mes parents d’une des facettes de ma vie, en ayant le souci de les épargner, cette amie m’a dit : « Hervé, mon fils a voulu m’épargner, je me demanderai toute ma vie pourquoi il m’a fait cela ! ». Et elle s’est mise à pleurer.
Lundi 23 août 2010
Du rififi dans les toilettes du Tango
Un client au dessus de tous soupçons provoque des embouteillages aux toilettes...
Je me suis rendu compte que depuis quelques temps je vous ai surtout raconté mes déboires à l’entrée avec tous les clients mal élevés ! Pourtant il y a aussi au Tango des anecdotes beaucoup plus mignonnes.
En milieu de nuit nous essayons de donner un coup de propre aux toilettes : un petit jet de spray javel et un passage de serpillière ne sont pas du luxe. Du coup on bloque la porte pour empêcher les clients d’entrer et on attend que tout le monde soit sorti pour commencer le nettoyage.
Mais l’autre soir, l’une des deux cabines demeurait fermée, et cela durait un peu trop pour être normal. Pas d’odeur de tabac… il ne s’agissait donc pas d’un fumeur en manque. Un malaise ? J’interroge en frappant à la porte : « il y a quelqu’un ? Vous ne vous sentez pas bien ? » Aucune réponse… Plus aucun signe de présence... Je commençais à me douter de ce qui devait se passer derrière cette porte. Beau joueur, je fais mine de sortir, histoire de manifester une discrétion minimum. La porte s’ouvre… Un premier jeune homme sort, digne, indifférent… Et un autre… Non ? Pas lui ! C’est pas vrai ! Trop drôle ! Il était tout penaud, très mal à l’aise. Un habitué du bal, présent chaque semaine, un adorable garçon, qui serait plutôt du genre à être le premier à nous signaler systématiquement une anomalie dans la salle ! Un client à qui nous donnerions le bon dieu sans confession, probablement pacsé par dessus le marché !
Il s’est confondu en excuses : « Hervé, je suis désolé, c’est la première fois que cela m’arrive… Il était si mignon... » J’hésitais à le réprimander pour m’amuser, mais finalement je l’ai rassuré : « c’est pas ça le problème, c’est que tu as mal choisi le moment, c’est l’heure du ménage ! ».
Vendredi 20 août 2010
Meeting with the Tango – a LGBT nightclub unlike any other. Part 2 : Its owner.
Suite du texte de Marion Tricoire, cette étudiante de l'université américaine de Paris, qui est venue à la rencontre de Madame Hervé. Interview, tout en anglais !
… Il nous murmurerait ses secrets, rencontre avec un extra-terrestre de la nuit.
The Tango has two faces. In the day, Hervé is in his office right next door, working on all matters related to the club. By night, some nights, he becomes Madame Hervé, all fishnet stockings and bedazzling dress. Madame Hervé is not only a fantastic source of fantasies as a character but works the club in a unique way, lavish with warmth and kindliness. She is the Clubmistress, shining in the semi-darkness, urging dancers on to find pleasure – no matter how. Her impossibly high heels waltz around as she drags people onto the dancefloor – and way above those heels, there’s a head full of stories to be told.
- Tell me the story of the Tango, in a few words…
- I used to teach high school. In 1995, techno music was taking the gay night scene by storm, so I decided, out of passion for a different atmosphere, to launch another type of parties : gay and lesbian “bal musette”. In order to do so I created my own association, “Les Gais Musette”. It started off on a quarterly basis, and then we were holding parties once a month… I knew about this club called the Tango, which was going through a quiet phase. I suggested to the owner that we hold regular performances on the weekend. I had no business plan or anything ; I was just trying to make my passion come to life. We started at the Tango in September, 1997 – thirteen years ago.
- From high-school teacher to Tango Clubmistress – could you tell us about this evolution? Where do your writings (EG: “Doubles vies”, a published essay on male prostitution) come in?
- A good teacher is into sharing and communication – I’ve had the same motivations all along, really. The Clubmistress is a teacher in some ways : I choose the score, I’ve educated my audience ; we used to give dance lessons – and plan to give more soon. We hold special nights dedicated to one singer or another. The Tango’s a nightclub but it’s also a place for culture : we hold performances and concerts. As for being a writer – that is really too strong a word. Writing is something personal. I’ve kept a blog in Madame Hervé’s name for years now.
- Have you noticed any evolution since you opened the Tango ?
- There may be some differences, but fundamentally we have stayed the same. When we opened, we were definitely off trends ; we might be more à la mode now. In the beginning we were all about couples dancing. The partying scene after midnight has slightly changed recently, but our style and core principles have remained : the Tango is a friendly, cheap and popular scene. We don’t do VIPs, and never have. A famous actress showed up for Lady Gaga night and tried to cut the line to come in with an entourage of ten – she didn’t get in. We get by on our own. We don’t belong in the “night world”; we try to keep it cool for everyone.
- Can you tell us about Madame Hervé ?
- Madame Hervé just turned ten. It started in the year 2000 as a bet, a joke really : everyone was calling me “mistress of the club” and I said “well, I’ll organize a singles night, and then you’ll see the real Clubmistress” – so I cross-dressed. It was met with surprising success and Madame Hervé became a regular character that evolved with the times, and still has to evolve. She’s a real feature of the club, she is part of the myth and people like to see her. I love drag queens; they are the soul of any party, always ahead of trends and times ; drag queens are either brave or foolhardy, but I stand for them all the same.
- Does Madame Hervé permit herself to do things which Hervé wouldn’t dare ?
- Cross-dressing in like wearing a costume – you are free to feel the boys up without protest, to say things you would never have said : you’re a night queen, a “folle”, the king’s fool.
- The Tango holds a mixed scene : serious partygoers and occasional customers…
- That’s right. We open relatively early and hold a « bal musette » to the sound of French variety and world music…we hold it like a bridge between generations. This bridge spans our common history, because balls have held a special role at all stages of the homosexual social scene. Some people come in just to look at the dancers – our sitting space surrounds the dance-floor – that’s why we chose to arrange it this way.
- The Tango nowadays is evolving towards more stage-oriented nights, with regular performances.
- The growing number of performances was a choice we made some time ago, and implies involvement on the long term. Managing a stage takes up a fair amount of time and effort, but I’m glad our initiative is understood. Last year was the first year we stayed open all summer; it was christened “l’été show” (show summer). I’d rather use the English word “show”, which has more power than “spectacle”. I love holding performances – not only is it interesting, it’s also a way of bringing traditions back to life. Were it not for the high price of live performances, I would be holding a great many more.
- Are the people coming for or despite the show ?
- There was a time when people came despite the shows, people who didn’t belong to the minority of fans we were holding a special night for. However, we always try to keep it interesting for everyone. On “Dalida night” we play nothing but Dalida songs all night – we can’t do that for “Lady Gaga night”. Nowadays I feel like people are also coming for the shows, and it scares us a little because it’s a challenge, the challenge to always hold better shows and hold them with much more regularity. We have held performances on almost every Friday since last September.
- The Tango is one of the only GLBT scenes in Paris where men and women actually mix…
- It’s a miracle! I have no clue how we achieved it; I guess it just happened that way. The strange thing is I don’t really care for the girls – my partner is way more involved in that audience. The fact is they like what we have here. We are one of the few to draw a mixed audience. You don’t have to worry about leaving your friends at the door (many gay or lesbian clubs only give entry to a strict number of the opposite sex). Then again, when the girls become too numerous, the gay men start to complain and protest against what they see as a “straight” takeover. Some clichés still go strong.
- How do gay and straight mix within the club ?
- It’s becoming harder and harder to manage. Some straight people don’t know how to behave, they come here as tourists and don’t respect the place. Our gay audience knows this place was thought out for them, and stay more open-minded about our quirks and style. Straight people come in like settlers ; they step into a different culture but don’t take the trouble of understanding it. I have to keep the lid on entries in order to maintain the right atmosphere within.
- Are you still open to a respectful straight audience ?
- Of course. Actually, trouble usually comes from those who come to look for cheap fun. At first they were coming in to mess with the lesbians, so we had grounds to make them leave. Now, the problem comes rather from metrosexuals who try to turn the men on and don’t behave afterwards. Groups tend to give us trouble. The problem with straight people is that they come to the Tango in order to get the great thrill difference represents, but they are lacking the codes. When they actually want to behave well, there are no problems.
- What do you think of the “ghetto” image gay places sometimes have ?
- I think that the idea comes from the majority, the dominant ones in the society. Arabs get accused all the time of communautarisme (community withdrawal), when they are the most discriminated ones. Why do homosexuals feel the need to create gay places ? It’s not to close themselves up, it’s simply to feel safer in a society in which they are a minority. From time to time, they want to meet in safe places, where they don’t have to fake. Nobody forces them ; they are free to go whenever they want to. Most of the time, we are stuck in a heterosexual environment. Nobody prevents the Corsicans from having Corsica-themed meetings, or the Bretons to have Brittany-themed meetings. Nobody accuses straight people of ghetto when they go to straight bars.
- “Lieu de rencontres” is a category of places in French. What is the Tango’s role in relation to this status ?
- It is very important, the wooden floorboard has existed since the beginning of the 20th century, and historically floorboards of dancehalls have always held an important role. Our parents and their parents met during balls : in the popular classes, that’s how people used to meet. We start with dancing, and then anything can happen. It is not only sexual. Of course, it is a lieu de rencontre. Some people come on a very regular basis. Those are those for whom the Tango plays an essential social role for a moment in their lives ; for a while, they are here almost every week. At some point, it stops, they come back once or twice, but it’s over, the Tango has been a springboard towards something else, another step. In addition, my team and I are always present, always available. One can go and ask the DJ for music,there is a vital proximity. The soul of the place is never too far away. We are ready to discuss with everyone, both the regulars and the others. We take care of everything, we pick up the broken glasses, we talk…
- Rencontre and your specialty : le Bal des Célibataires
- It’s all tied up with my studies. When I was a student I focused on the sociology of marriage, of the couple. Starting with what I learnt in sociology, I try to vulgarize it and adapt it in an entertaining way, with games to facilitate encounters. I designed the Bal des Célibataires myself ; that’s what makes it unique. Of course, everywhere you can find such balls, but my games are personal, I have shaped them around the audience. It matters; we play with real feelings, nothing is done randomly.
- Rencontres and nightlife…
- The tango permits both an occasional and a regular sociability at the same time, a moment out of time when everyone can let things go, express themselves. People are something else for a night, and they need that after a day when they always have to conform to the norm. The rencontres that happen often belong to nightlife and are restrained to it. People see each other again during another night event, but don’t necessarily try to go beyond that; it’s a safe cocoon. Obviously, there is sex, and love, and friendship as well. Night suppresses inhibitions. Cross-dressing, acting as a queen is about that too. We dare to kiss our boyfriend, to dance cock against cock. At last, we dare. Couple dancing offers that; zouk, and slowdancing embody sensuality.
- Rencontres and anecdotes ?
- Once, there was a very young couple, probably no older than 18, who were in love. Obviously, they did not know where to go to avoid mommy and daddy, so they would come to the Tango but when it closed, only the street was left for them. I did not do it, but I have a small apartment in the building, and several times I thought “I’m going to lend them my bed”. Some people cross a colleague and realize their colleague is also gay ! I remember a story. Two brothers were not talking to each other anymore because one thought the other one was a homophobic. When seeing each other at the Tango, they understood their mistake… Another time, a boy brought his father who was touched to realize that no, the gay world was not necessarily nasty, dangerous, and that it was okay to be gay. The magic of the Tango is also that one can bring their parents, or anybody.
- One last question… What would Hervé have to say or ask to Madame Hervé ?
I don’t separate them that clearly, for me they are the same, the same name, that’s why I did not change it by the way. Still… yes… I think he would ask her : “How much time will you keep on acting ridiculous, at your age ?”
Interview réalisée par Marion TRICOIRE
Texte écrit dans le cadre d'un cours d'écriture d'articles à l'université américaine de Paris.
Mercredi 18 août 2010
Meeting with the Tango – Part 1: A LGBT nightclub unlike any other.
Un long article sur le Tango, en anglais, écrit dans le cadre d'un cours, à l'université américaine de Paris. (Il n'y a que les étudiants en journalisme qui écrivent encore de si bons articles !)
By Marion Tricoire
When you walk into the Tango, the first thing you feel is surprise. On a Chinese street in the heart of Paris, right at the north of the gay “Marais” district, there is a place out of time. Behind the plain doors, leatherette booths and old wooden floorboards take us straight back to a lost past. Beat-box techno has never crossed those doors. The music is already different from other clubs – a mix of French “oldies”, pop songs, and world music – and the “bal musette” before midnight. Willfully off-trend. Aside from the waltzing and the tango and the twosteps, the club holds theme nights, drag shows, and then the dancefloor fills up like a regular nightclub. Do not, however, expect a regular nightclub scene when you walk through the door under the watching eye of Club-mistress Hervé, “La Taulière” once a teacher, now an occasional drag queen and a faithful keeper of his nightly flock.
What exactly is the Tango? A gay, lesbian and transgender club, open on Friday and Saturday nights at 11, rue au Maire, in the 3rd arrondissement (Arts et Métiers station). It is close enough to the center of Paris to merit a mention, but far enough from the center of city nightlife to escape the dictatorship of fashion. Resolutely eccentric. For the opening hours, the club hosts a “bal musette” during which the dancefloor is dedicated to couple dancing. It is the only bal musette of its kind in France; possibly even in the world. Experienced dancers twirl round the dancefloor whilst the onlookers watch, rapt, amused, tender. Everyone comes together for the famous Madison, which marks the start of the second part of the evening, and little by little everyone melts into one crowd. The dancefloor is small, encouraging promiscuity. Out-of-breath dancers and wide-ranging conversations sprawl on the leatherette booths, as is always the case when night and music mix.
In some ways the Tango is just like sodomy: understanding and appreciation come with practice. Only then can you truly consider yourself acolyte or enemy. You don’t just happen upon the Tango; you settle in. Your eyes accommodate the twilight which wraps around peoples’ inhibitions but hides nothing else; your ears tune in to all those well-known songs which shape the easy-going atmosphere around the dance-floor.
Ironically, proudly, the Tango is the most hetero-geneous (!) of gay clubs. While you might mostly see graying-haired people at the ‘bal’ and dyed blond highlights afterwards, people of all ages cheerfully mix within the club. It is no place for sectarianism, even if men are in the majority. Hervé is clear: “I’m not a ‘lesbro’. But I’m proud that girls come here too and feel safe.” Straight people are spotted here sometimes too, as long as they behave, but Hervé is vigilant about the mix, “to keep the soul of this place alive”.
One night I was sitting in the Tango with a friend when a middle-aged man came up to us and asked us where in the room he should be standing. He shook his head as we pointed out potentially good spots in the club, and finally sat next to us, only “until he found the right place.” Through his disillusioned eyes, the whole place seemed different, a heap of bodies getting high on sweat and sound. What is there to do when you’re alone in a nightclub? What can you do once you’ve stopped pretending to have found your spot? He needed a place to sit and find his breath again, and with this breath put a name to his helplessness. The Tango is “something else”, somewhere he could talk and have someone listen. A listening ear doesn’t cure loneliness, but it eases the ill and spawns the hope that someplace, sometime, you might find the right person to whisper sweet things to.
The Tango is a one-night getaway where people come to be themselves in the dance, the drinks, the sound of Dalida and Madonna on the speakers, in the company of glamorous transvestites whose outward sensuality and femininity would make many women blush. It is when you can forget about what you show than you can find who you are, softly. The Tango transcends gender, sexuality, age and time itself. It is a place in which to laugh, share, and let go – to take a deep breath before you leave again. And sometimes – it happens – as you wander through the club, you’ll find a spot where you belong.
A suivre... Une interview de La Taulière sera publiée demain !
MARION TRICOIRE
(Texte écrit dans le cadre d'un cours sur l'écriture d'articles de magazine, au sein de l'Université Américaine de Paris)
Mardi 10 août 2010
Au Tango, dépenser beaucoup d’argent ne vous donne pas tous les droits
Dépenser beaucoup d'argent n'est pas toujours synonyme de bonnes manières. A vous raconter ces comportements de certains clients, je vais finir par avoir la réputation d’être une Taulière langue de vipère. Mais est-ce moi la plus mauvaise dans cette histoire ? Jugez plutôt…
Les lois qui régissent la vie au Tango sont les mêmes pour tout le monde, ou presque (j’avoue qu’il existe quelques exceptions, une société sans transgression c’est moche !). On n’échappe pas à la file d’attente, sauf si on est une créature, et surtout pas si on est people. De même il n’y a plus de sorties pour les fumeurs après 3 heures du matin, et les verres pleins dégoulinant sur la piste de danse sont très mal vus !
Or certains clients ont toujours la même réplique pour s’affranchir de ces règles : « Avec l’argent que je vous laisse ! … » Comme si j’étais du genre à me faire corrompre par un argument aussi matériel !
Vendredi soir un groupe vraiment mal élevé (vous me direz, majoritairement hétérosexuels) nous a importuné toute la soirée : bousculades sur la piste, montée sur la scène pendant le spectacle, verres cassés, hurlements, etc. Tous ces comportements de groupe que nous craignons toujours. En fin de nuit ils étaient tous éméchés grave. Aussi, lorsqu’ils se sont fait servir une énième bouteille de vodka, je suis intervenu pour les mettre en garde. La réplique qui a le don de m’énerver tombe : « Vous savez combien nous avons dépensé à votre bar ? Alors fichez-nous la paix ! » J’ai attrapé leur bouteille d’alcool et j’ai sorti de ma poche l’argent pour les rembourser. « Ton fric mon chéri ne te permet pas de nous emmerder toute la nuit, et personne ici n’est payé pour ramasser ton vomis. »
Samedi c’était un client, au demeurant charmant (gay celui là !), qui souhaitait sortir fumer au pire moment : à croire que les fumeurs se donnent le mot pour en avoir envie tous en même temps. Il vient me voir :
- Je suis désolé je veux sortir fumer.
- Tu vois, à cette heure il y a un peu d’attente.
- Oui mais je viens de prendre deux bouteilles de champagne…
- Mon chéri je ne vois pas le rapport, tu pourrais en prendre dix que tu devrais aussi faire la queue. Seuls les fauchés devraient la faire ?
Et notre charmant bel homme était scandalisé, il est parti furieux, jurant qu’il ne remettrait plus jamais les pieds dans cette boîte où l’on ne respectait pas les bons clients.
Il ignore que le jeune kiki que l’on invite souvent à l’entrée et qui ne boit pas un verre de la soirée compte autant que le client plus fortuné qui va dépenser beaucoup et nous assurer la rentabilité du lieu. Que le mec people qui était là ce soir là a aussi fait la queue pour sortir fumer. Et surtout il devrait comprendre que payer n’autorise pas tout.
Vendredi 6 août 2010
La cantine gay chez Solange (souvenirs 2)
Cet été Madame Hervé se plonge dans ses albums photos et vous raconte ses souvenirs.
Certains petits restaurants de quartier se sont vus investis, à l’insu de leur plein gré, par un public gay. Sans rien faire pour le devenir, ils sont devenus nos « cantines ». « Chez Solange », rue de la Grange aux Belles dans le 10ème, en était une fameuse.
Il me revient à l’esprit plusieurs de ces restaurants, à clientèle tout à fait « normale » le midi, et envahis le soir par une nombreuse population masculine. Vous ne retrouverez jamais leurs adresses dans les guides gays. Il s’agissait de bonnes tables, plutôt populaires, offrant un excellent rapport qualité prix. Mais il y existait aussi une autre attraction : l’accueil et la personnalité de la maîtresse des lieux.
Aux débuts des années 80 j’allais au « Rocher de Cancale » (rue de la Tacherie), vaste salle avec des tables recouvertes de toile cirée. Pour Noël la drôle de patronne nous offrait toujours des cadeaux immondes : un peigne en plastique dans un étui monstrueux, ou un porte monnaie bien viril, en faux cuir cheap. Quelques années plus tard, et une rue adjacente plus loin, j’étais un habitué d’un charmant restaurant rue de la Coutellerie où la mère du patron, Thérèse, était devenue sans en prendre conscience, une vraie fille à pédés.
Mais ma cantine la plus folklo, vraiment dingue, fut « chez Solange », situé d’abord rue Bichat, puis en version agrandie rue de la Grange aux Belles. Je suis un peu fier, car c’est moi qui avais lancé cette adresse auprès des gays. J’y allais au début avec des amis hétéros avec qui je venais de créer un journal de quartier, La Gazette du Canal. Peu à peu j’ai pris l’habitude d’y amener des amis gays, et Solange a mordu à nos provocations : elle était prédisposée pour apprécier notre humour. Peu à peu, son restaurant, avec il est vrai un menu très bon marché, ne désemplissait pas. Son mari était en cuisine, et heureusement, car il était ouvertement homophobe (un gros beauf en fait). De nombreuses associations gays y ont organisé leurs repas, Les Gais Musette bien sûr, des sportifs, ainsi que Les Caramels fous (Du reste on a tous pensé que leur spectacle « la vie rêvée de Solange » lui était dédié !).
Solange officiait dans une salle immense, où elle servait, souvent seule, plus d’une centaine de repas. Parfois le jeune fils de son mari l’aidait au service, un petit mignon un tantinet folle, que nous encouragions discrètement à faire son coming out. Seul son idiot de père ne voulut rien admettre. Ce n’est qu’au retour de son service militaire que tout le monde a du se mettre à l’évidence, le petiot était bel et bien des notres ! La maîtresse des lieux était ravie.
Solange était une force de la nature, mais derrière sa jovialité se cachait une vie moins drôle que j’ai peu à peu découverte. Habitant dans la même rue, je la croisais très souvent en journée, accompagnée d’un gros berger allemand qui me faisait toujours peur, mais qui lui obéissait au doigt et à l’œil. Elle bossait du matin au soir, et en fait, se faisait exploiter par son mari, qui n’était pas un tendre. Elle allait faire les courses, portait le linge à laver, nettoyait le restaurant… Un jour elle s’est endormie au volant de sa camionnette, une autre fois elle s’est avachie à même le sol dans le restaurant où elle s’est réveillée surprise par le petit matin…
Mais avec nous elle vivait les bons moments de sa vie. Elle adorait plaisanter sur toutes les questions qui se concentrent en dessous de la ceinture, et elle rêvait d’un bel amour qui l’aurait éloigné de son méchant mari (la fin de l’histoire fut belle : elle quitta sa brute, rencontra un homme charmant, et aux dernières nouvelles continue de roucouler avec lui, qui est tendre et gentil). Son univers était son restaurant, et elle y avait aménagé son musée personnel, composé de toutes les photos prises par et avec les clients (voir photo ci-dessous). Elle avait aussi toujours un énorme bouquet de fleurs fraîches dans un coin de la salle, sa petite folie à elle, une beauté à qui elle pouvait sourire et qu’elle nous montrait avec fierté.
Pour nous autres, pédés, perdus dans la capitale, plus ou moins esseulés, en tout cas toujours en manque d’une ambiance familiale libre, où nous pouvons à la fois savourer le bonheur d’être entourés, sans être obligés de brider nos passions homosexuelles, ce restaurant était vraiment un refuge.
Solange tu me manques !
Le musée personnel de Solange : elle avec ses charmants clients !

Mercredi 4 août 2010
Flagrant délit de muflerie : un conseiller du prince mal inspiré.
Chaque samedi, ou presque, je tiens la porte du Tango. Ma fonction : canaliser les foules, écarter le public qui risque de casser l’ambiance, calmer l’éventuel brouhaha de la file d’attente et surveiller les sorties des fumeurs. C’est une tâche délicate et parfois exténuante. Mais c’est un excellent poste d’observation de la (petite) comédie humaine.
Rien ne m’exaspère plus que les clients (souvent nouveaux venus) qui, au lieu de rester sagement dans la file d’attente, vont se faire servir un verre au bar d’à côté, et reviennent la bière à la main se positionner à leur place. Samedi dernier, c’était le cas d’un groupe de quatre personnes, deux garçons et deux filles. Je vais donc les avertir, il est vrai un peu brusquement (j’étais particulièrement énervé, dépassé par une affluence inattendue en cette période de vacances, et j’avais omis d’avaler un quart de Lexomyl avant de débuter ma nuit !). Ces roitelets me prirent de haut, prétextant (je n’invente pas) que je portais atteinte à leur droit de boire sur la voie publique. Les deux demoiselles étaient les plus hautaines et durent au passage exciter leur camarades. Je suis revenu à la charge deux fois. En général, les clients se montrent compréhensifs, s’excusent, finissent rapidement et discrètement leur verre. Eux, au contraire, convaincus de leurs privilèges, sont restés dans la file, verre à la main, avec cet air arrogant des petits bourgeois héritiers de la République.
Une fois parvenus devant la porte, je leur refuse l’entrée. Ils sont scandalisés et le manifestent avec ostentation. Ils expliquent qu’ils connaissent mieux que les autres la loi, que du reste ils participent à je ne sais quelle commission municipale potassant sur l’avenir de la nuit à Paris. Au même moment, j’arrête, plutôt gentiment, un gaillard qui voulait entrer : il se trouve que ce monsieur était venu la veille, qu’il était hétérosexuel, et que nous avions dû le surveiller toute la soirée car il importunait les lesbiennes. Du coup, l’une des filles buveuse de bière se met à hurler : « Je suis témoin, vous refusez un hétérosexuel, vous faites de la discrimination, c’est honteux. Et moi, je suis une femme, hétérosexuelle et d’origine arabe ! Voulez-vous que nous appelions la police ?». Les bras m’en tombent… C’est alors que son copain, sort sa carte de visite et me la brandit au visage : « vous ne savez pas à qui vous avez affaire ! Appelez votre patron ! ».
Nous entrions dans la pire des comédies humaines. Il a quand même paru un peu déstabilisé d’apprendre que j’étais justement La Taulière du lieu, mais me demanda quand même avec arrogance mon nom. N’ayant pas mes lunettes à portée de main, je n’arrivais pas à lire la qualité de ce mal élevé, courageux mais pas téméraire, puisqu’il refusa de me laisser sa carte de visite en souvenir. Finalement, après avoir récupéré mes loupes, je compris qu’il s’agissait d’un conseiller technique d’un adjoint au Maire de Paris. Cela me fit beaucoup rire, mais aussi beaucoup de peine pour cet élu du peuple que je connais et que j’apprécie : soit il choisit mal son personnel, soit il n’a pas pris le temps de l’éduquer aux bonnes mœurs. Je songeais aussi tristement que la gauche caviar n’était pas plus intelligente que la droite sarkosienne.
Peut être que prochainement, dans une réunion de concertation sur la nuit parisienne, je vais me retrouver nez à nez avec ce jeune conseiller du prince. Comment considérera-t-il mon expérience d’animateur de la nuit gay parisienne ? Me fera-t-il la leçon pour m’expliquer qu’il est normal de boire de la bière dans une file d’attente ? Qu’hurler à deux heures du matin devant l’entrée d’une boîte sans considérer le voisinage est un comportement civilisé ? Et m’encouragera-t-il à faire entrer dans ma boîte tous les hétéros du quartier en chasse ?
Lundi 2 août 2010
Notes de lecture : Journal d’un apprenti pervers d'Alex Taylor
Je connaissais depuis longtemps l’accent délicieusement english de ce journaliste, qui pendant longtemps a été la seule voix gay non planquée des médias français. Moi qui suis si peu doué pour les langues (j’essaye d’apprendre l’anglais depuis des années), son cosmopolitisme linguistique me fascine. J’écoutais ses chroniques sur Fréquence Gaie au début des années 80, j’étais tordu de rire lors de ses interventions dans la fantastique émission Téléscopage (l’époque où France Inter délirait un peu), j’ai regardé ses différentes émissions de télévision, et suivi plus récemment les débats qu’il animait avec Marie Hélène Bourcier sur Pink TV. Alex Taylor m’a toujours été sympathique, et lorsque je le croisais dans le Marais, il ne se prenait pas pour une vedette et arborait toujours un sourire vraiment sympa.
Pendant un temps, dès que les médias devait donner la parole à un gay, c’était Alex Taylor qui apparaissait, on en rigolait : n’était-il pas bien significatif que ce soit un « british » qui s’y colle ? En fait il était sans doute le seul journaliste du PAF qui ne craignait pas l’étiquette « pédé » ! Et voici qu’après l’avoir écouté à l’émission « Je t’aime pareil » à France Inter (Tiens encore une fois, ils sont allés le chercher pour parler de l’homosexualité…), j’ai lu son livre, « journal d’un apprenti pervers » (sorti en 2007, ré-édité en poche). Et j’ai adoré !

Franchement, ce cher Alex ne craint rien, il est incroyable. Cet apprenti pervers a le culot de nous raconter son truc préféré en matière de sexualité : le Sado Masochisme. Pour ce faire, il nous prend par la main, gentiment, avec son ton habituel da garçon bien élevé et ses explications linguistiques savoureuses. Il nous raconte les délices malicieux de ses expériences. Imaginez le, attaché, cagoulé d’un masque à gaz, reniflant de force la fumée d’un cigare tenu par un grand gaillard tout de cuir vêtu. Ou encore, entre deux tournages d’émission de télévision, prenant l’avion pour une ville improbable des Etats Unis, juste pour y vivre un scénario d’enlèvement, entièrement préparé par un échange de courriels avec un inconnu dominateur. Raconté de la sorte, le SM devient compréhensible, même pour les plus néophytes.
Il y a aussi dans son récit une histoire d’amour, tragiquement contrariée par le Sida, une histoire si significative de la fin de ces années 80, qu'il raconte avec beaucoup d'émotion (et dans laquelle les gens de ma génération se retrouveront). Alex Taylor est un témoin de cette folle époque, il a débarqué dans un Paris en pleine effervescence parce que la gauche arrivait au pouvoir, il y a débuté une brillante et originale carrière de journaliste, tout en restant toujours un tantinet décalé.
J’aime bien ce genre de pervers !
PS : vous le retrouverez à la rentrée animant la tranche matinale sur France Musique.
Jeudi 29 juillet 2010
Le temps des souvenirs : série d'été (1)
L'été est propice aux souvenirs. En septembre le bal de La Boîte à Frissons va fêter son 14ème anniversaire. Du coup nous nous sommes plongés dans nos albums photos... 10 juillet 1998, une soirée spéciale "départ du tour de France"...
A l'époque j'étais fan du tour de France, pas seulement pour contempler les cuisses des coureurs enveloppées de Lycra, mais aussi pour son ambiance. Et j'avais en tête la Yvette Horner, perchée sur un toit de camionnette décapotable, jouant de l'accordéon.
Cette soirée a été un fiasco total, les deux seules personnes déguisées dans la salle étaient mon ami Bernard (qui à cette époque assurait l'accueil à l'entrée) et moi même... Notez que je ne me travestissais pas encore, Madame Hervé n'est apparue que deux années plus tard.

De notre programme musical spécial "pédales", nous avons gardé à notre répertoire de première partie de soirée la chanson "Fais du vélo" interprétée par Georgette Plana.

Lundi 19 juillet 2010
Retour sur le bal des travs : la lesbienne féminisée.
Les mecs se travelottent, mais pourquoi pas aussi les filles, celles qui habituellement refusent les attributs typiquement féminins ?
C’était notre idée, réalisée lors du dernier bal des travs. Cindy, une habituée du bal a accepté de relever le défi. Nous trouvions cela drôle et relativement simple. Mais en fait ce n’était pas si évident. C’est là qu’on se rend compte des bizarreries qui trottent dans nos têtes confectionnées à l’école des genres. Des filles veulent s’affranchir des fastidieuses obligations esthétiques qu’on leur impose (maquillage, mode, talons…), et des garçons, au contraire aimeraient tant s’en emparer…
L’aventure de Cindy a été racontée en détail par notre petite soeur, Candy Lafolle…Voir sur le profil de Candy sur Facebook
La Cyndi habituelle :

Et après transformation réalisée par Melle Fifi dans la loge de Mme Hervé :


Samedi 17 juillet 2010
Que faire face aux insultes homophobes ?
Sortir avec une folle et redécouvrir l'insulte est une chose (1er épisode de cette chronique), mai ensuite ? Comment réagir face aux insultes ?
Il y a ceux qui ne les entendent pas, et passent leur chemin. Soit ils sont vraiment folles, au point de ne pas se sentir visés par ces propos vulgaires, soit ils sont un tantinet lâches : à quoi bon riposter ?
Moi je suis du genre à réagir au quart de tour, hélas sans toujours bien réfléchir. J’ai plutôt envie de leur rentrer dedans à ces morveux (ou morveuses). En bon ancien professeur de la République, je crois encore à la vertu des leçons de morale. Sauf qu’instinctivement je vais être plus violent que pédagogue : l’insulte me rend agressif, et probablement contre productif.
Tenez, prenons un exemple. De jeunes loulous machos dans la rue se moquent de ma copine folle. Ils sont probablement issus d’une « zone » de banlieue, et vivent au quotidien une discrimination cent fois plus pesante que celle qu’ils m’infligent en cet instant. Il m’est assez facile de faire le malin devant eux, et de riposter violemment : je peux leur prouver que je suis fier, invoquer la loi, les menacer de porter plainte, et pour finir les traiter de pauvres frustrés sexuels… Je me défoule, mais je ne fais pas avancer la cause. Cela ne va pas les rendre moins homophobes, au contraire : je les ai juste humiliés.
Revenant à la raison, je peux regretter que l’école de cette République, à laquelle je crois encore, n’ait pas fait son boulot éducatif (au passage elle a également exclu ces jeunes). Je peux maudire tous les enseignants homosexuels qui continuent de se planquer, et relèguent ainsi l’homosexualité au rang de tabou dans l’enseignement. Je peux dénoncer le manque de courage des responsables politiques qui n’imposent pas à cette éducation Nationale de se bouger. Mais en attendant ?
J’envie simplement l’humour flamboyant des folles, capables de se défendre en faisant rire, avec parfois une vraie agressivité, mais toujours avec le brin d’humour qui fait que l’agresseur se voit offrir une porte de sortie élégante. A quoi sert de faire courber la queue de mon loulou de banlieue, ne vaut-il pas mieux poser une fleur sur son fusil ? Donc plutôt que de nous constituer en milices, plutôt que de nous organiser pour mettre les vilains homophobes en prison (quelle horreur, dans le milieu homo, cet appel permanent à la répression policière) inspirons-nous des expertes de la réplique assassine mais drôle : les folles, les travelos, les putes, les trans, les grosses, toutes ces éternelles victimes de la vindicte des gens normaux. Inventons des provocations amusantes et organisons des expéditions punitives farfelues.
Vendredi 16 juillet 2010
Sortir avec une folle et redécouvrir l’insulte
Madame Hervé en civil passe partout inaperçue. Pourtant sa fréquentation des folles l’expose à la bêtise méchante de l’homophobie de tous les jours.
Avec l’âge, je me sens plutôt bien assuré dans ma peau d’homosexuel. Dans mon quartier tout le monde sait qui je suis, et je n’ai pas le souvenir d’avoir à un moment ou à un autre été victime d’homophobie. Parfois j’ai même tendance à être sceptique face à l’avalanche d’événements homophobes relatés par les médias gays. Je me pose alors la question : est-ce que l’on n’en fait pas un peu trop sur ce sujet ? Et finalement, est-ce que l’acceptation de l’homosexualité ne rend pas encore plus insupportable une homophobie somme toute marginale ?
Or ces derniers temps, en me promenant avec des amis « folles », j’ai redécouvert la limite de la tolérance populaire vis-à-vis de la différence. La folle semble encore déranger. « T’as vu cette tapette ! » (Deux gamines de 16 ans s’esclaffent bruyamment à notre passage aux bords du canal Saint Martin) « Putain des homos, regarde les, ces pédales » (Un petit groupe de jeunes dans une rue d’une ville de province) « Regarde le mec, on peut pas être plus femme que ça ! » (Encore une adolescente parmi un groupe scolaire dans un musée bondé de monde). Là il s’agit d’insultes verbales, toujours formulées par des jeunes en plein âge bête. Mais que dire des autres réactions, quasi systématiques, de personnes plus matures : des regards lourds, des sourires incontrôlables, pas toujours de l’hostilité du reste, mais une incontestable gêne. Parfois, il faut le reconnaître, les coups d’oeil sont plus sympathiques et traduisent davantage ce que justement la folle attend : un brin d’admiration pour le panache et la flamboyance !
Quoiqu’il en soit, toutes ces attitudes soulignent le dictat de la normalité. S’en écarter nous expose forcément à éveiller chez les autres méfiance, surprise et parfois violence. A nous de ne pas relâcher notre vigilance. Reste à savoir comment réagir concrètement lorsque l’on subit cette hostilité ? (A suivre)
Dimanche 11 juillet 2010
Lady Gaga Tango 2
C'était la deuxième soirée consacrée à Lady Gaga vendredi soir. Toujours la magie de la Boîte à Frissons... Cependant, un effort sur les looks serait le bienvenu !
Je m’amuse parfois de l’image du Tango qui circule encore. « Oh tu sais cette boîte de vieux ». « Un bal ringard, mais sympathique ». N’étant pas très people public, j’aime me glisser dans la foule gay et écouter ces qualificatifs peu flatteurs…
Ces gays atteints de tels préjugés auraient été bien surpris vendredi soir (et bien d’autres soirs du reste). Imaginez que le fan de Lady Gaga, qui m’a aidé à préparer la soirée, et qui est monté sur scène avec ses copains, est encore au lycée, et est venu accompagné de… sa maman ! Quant aux autres danseurs, bien connus sous le nom de « kikis du Tango », ils ont tous moins de 20 ans !
Effectivement le spectacle avait un côté un peu approximatif, mais au moins ces jeunes nous ont épargné les caprices prétentieux de certaines divas transformistes, qui ont tendance à se prendre un peu trop au sérieux (et finalement nous ennuient). Cette montée sur scène d’habitués de la boîte (hier des petits jeunes, mais parfois des moins jeunes tout aussi convaincants), est un élément de la magie de nos soirées.

En revanche grosse déception sur les looks : est-ce la canicule qui explique le peu de personnes gaga-costumisées ? Je vous avoue que personnellement, supporter ma tenue brillante mais étouffante, sans parler de la perruque, fut un vrai calvaire. Si certains ont pensé que je faisais la gueule, qu’ils se rassurent, c’est juste que je suais !
Les lookés de la soirée...

Lundi 28 juin 2010
Gay-Pride : les chiffres annoncés révèlent les vrais enjeux politiques d’une marche.
La querelle des chiffres de la participation à la marche des fiertés, ou le retour de l’affrontement gauche-droite sur la question homosexuelle.
Les organisateurs espéraient 700.000 personnes (comme en 2009) et ont annoncé 800.000 (donc un plus de 100.000). La préfecture, qui depuis des années ne contestait pas les chiffres des organisateurs, a cette année rompu le consensus et présenté des chiffres minorés assez rocambolesques : 100000 personnes, dont 65000 badauds.
Personnellement j’ai toujours été sceptique sur les chiffres annoncés par les organisateurs, tout simplement parce que je suis un habitué des manifestations et que j’ai donc quelques références en tête. Les énormes manifestations historiques, de la gauche ou de la droite, durent une journée entière et sont composées de masses compactes de marcheurs. Ce qui n’a jamais été le cas des marches homosexuelles : elles débutent l’après midi et se finissent en début de soirée, elles ne sont pas précédées de trains spéciaux de province, ni de bataillons d’autocars. Des centaines de milliers, jusqu’à presque un million comme il fut annoncé une année : il ne faut pas exagérer !
Mais peu importe. Ce qui est amusant est que les chiffres annoncés par le pouvoir en place dénotent très clairement les enjeux politiques d’une marche. Ces dernières années il y avait un quasi consensus droite-gauche sur les homos, et même L’UMP les draguait : après tout le mariage n’est-il pas une institution de droite, et sa critique une débauche soixante-huitarde ? Du coup, même la préfecture de police ne contestait pas le décompte de l’Inter LGBT. Incroyable, les syndicats et autres organisations de manifestations militantes, habitués à voir leurs chiffres systématiquement remis en cause n’en revenaient pas. Or cette année, changement de décor : la droite entreprend la reconquête de son électorat traditionnel, les homos ne sont plus une priorité et leur mariage est relégué aux calendes grecques. Du coup il redevient important de minimiser la puissance du mouvement gay et de présenter leur marche annuelle comme une simple balade d’illuminés travestis dans les rues de Paris.
La gauche peut se féliciter, en particulier les socialistes qui ont toujours beaucoup investi le mouvement gay, les homos de droite vont se sentir lâchés par les promesses de Sarkozy, et mieux, ils vont adorer la candidature Strauss Kahn.
Vendredi 25 juin 2010
L’homophobie rend folle !
L’histoire folle et émouvante d’une photo prise à la gay-pride de 2006.
Cette année j’ai souhaité fêter la gay pride avec mon ami Poutou, le concepteur et animateur du site paris-gay.com. C’est donc ensemble que nous avons choisi une photo (Poutou est aussi photographe !), en cherchant à sortir des clichés habituels, des beaux mecs normalisés ou des extravagances convenues. Et c’est cette fantastique folle que nous avons choisie, en prenant soin de sélectionner une image garantissant son anonymat.

Et voici que ce personnage m’a adressé cette lettre, si belle que je lui ai demandé l’autorisation de vous la faire partager.
Bonjour,
Je suis dans la mailing liste du Tango et je viens d'aller visiter Paris-Gay.com. Alors voilà, je ne sais pas du tout comment vous accueillerez mon message, mais je tiens à vous dire, du fond du coeur, que je suis profondément heureux et sincèrement touché de retrouver ma petite pancarte "L'homophobie rend folle !" dans votre visuel.
Je m'appelle Joël, j'ai 41 ans, et cela fera 20 ans que je vis à Paris, j'ai une âme militante et je ne crains pas les déguisements. En 2006 je devenais complètement folle en apprenant de quelles façons se déroulaient les Gay Pride en Europe de l'Est. Je ne faisais partie d'aucune association et j'ai tout de même voulu mener une action militante qui frappe radicalement les esprits tout en provoquant de la bonne humeur. Mon maillot de bain deux pièces roses et mes accessoires de beauté viennent de chez Tati, le carton neige pour la pancarte et le gros feutre rose viennent de chez Graphigro. Je me suis changé sur place, dans un abribus.
J'ai tout de suite réalisé que je prenais un risque énorme et durant toute la marche je ne me suis jamais écarté du centre de la voie publique (on ne sait jamais). J'ai tout de suite eu un succès folle et jamais dans ma vie je n'ai autant été pris en photo que ce jour-là. Beaucoup de gens souriaient, approuvaient, applaudissaient... c'était complètement dingue ! J'ai fait ça de Montparnasse à la Bastille, j'avais l'impression d'être aussi impressionnant qu'un des camions sonorisés. Quand on est un "bear" (un affreux gros nounours avec des poils jusque dans le dos) on n'a pas l'habitude d'un tel succès ! Et d'ailleurs, dans le microcosme commercial bear parisien (où je m'ennuie tant) le soir de cette marche des fiertés 2006 j'ai encaissé plein de regards haineux (ben oui ça ne se fait pas, quand on est un bear on doit avoir un look de bûcheron ou de routier sinon gare à toi, mais je m'en foutais, j'avais voulu mener cette action et elle avait marché).
Et puis dès le lundi mon message était repris dans les journaux car des photographes d'agence de presse ont aussi "saisi le sujet". J’étais donc en photo dans 20 minutes, Métro, et toute la semaine sur le site de l'événement du jeudi. Un copain de lycée qui vit à Montréal depuis des années m'a même adressé la page du journal Le Progrès où j'étais aussi en photo. Des connaissances de bistrot me recommandaient alors de "me faire du fric" en attaquant ces médias sur le thème du droit à l'image : mais surtout pas, bien au contraire ! Les agences ont relayé mon message et par la photo mon action restait aussi claire et forte que durant la marche. Par la suite j'ai continué à me retrouver en photo un peu partout sur le net, par exemple si vous tapez "l'homophobie rend folle" sur google pictures vous découvrirez qu'il y a même quelqu'un qui a créé un fond d'écran qu'on peut télécharger !
Et aujourd'hui c'est vous qui assurez complètement en le reprenant ! Pardon mon message est un peu long, mais je viens de rentrer du boulot et vous venez de me rendre un visage souriant.
Donc vendredi je viendrai à votre soirée, pour danser, j'ai envie de rire, de m'amuser, d'être léger, de rencontrer un chéri...
Je vous embrasse.
Joël

Mardi 22 juin 2010
La pièce Un coeur en Herbe vue par Candy Lafolle
Une nouvelle venue sur Facebook, au nom explicite de Candy Lafolle, m'a adressé ce matin sa critique de la pièce de Christophe Botti jouée ces jours-ci au Tango.
“Mais si, je suis un fauché !” dis-je à Mme. Hervé travelotté en Monsieur Hervé à la caisse du Tango. J’essayais de le convaincre que je n’étais qu’un pauvre étudiant pour qu’elle me fasse le tarif réduit pour assister à la pièce Un Coeur en Herbe. Un sourire et des yeux doux plus tard, je pénétrais un Tango, transformé en salle de théâtre le temps de quelques représentations de la pièce de Christophe Botti.
Un charmant jeune homme fait l’ouvreur, un autre m’installe et un dernier tient le bar. La petite scène de la Folle Académie est agrandie, des chaises recouvrent la piste. Le décor situe déjà l’action : une bibliothèque, un bureau et deux piles de livres. La salle se remplit très vite, les gens se bousculent pour s’installer avant l’extinction des lumières, et on est parti pour un orgasme qui dure une heure et demi.
Les lumières s’éteignent, et on plonge directement dans le bureau de Jacques, auteur âgé d’une cinquantaine d’années. Il accueille chez lui Mathan, jeune étudiant innocent qui débarque à Paris pour ses études. L’étudiant est fan de l’auteur. Jeu de séduction très feutré après leurs échanges sur le net... Pour combler le tout, le mari de Jacques, Olivier, un gym queen d’une trentaine d’année, fait irruption dans l’appartement. Méchancetés, vitupérations et défis. La pièce gay classique ?
Pas du tout. Les thèmes semblent clichés mais sont comparables aux albums de Madonna. On les a vu maintes fois, mais présentés comme ils le sont, ça semble original. Pour une fois, dans une pièce à caractère gay, on traite la jalousie non comme une pathologie mais comme un sentiment normal assimilé à l’amour et la sincérité. La jalousie d’Olivier face à la nouvelle relation entre Mathan et Jacques - qui ne reste que platonique ; le dépit de Jacques face à Olivier et son amant Rémi, et Mathan perdu dans ce méli-mélo d’émotions. La jalousie et la possessivité justifiées, surtout à travers le monologue d’Olivier, pour qui l’amour et le sexe sont deux choses différentes, alors que pour Mathan, les deux sont indissociables. Contrairement aux autres personnages de la littérature gay qui sont souvent plats (de caractère), ici les personnages sont entiers. Ils ont des opinions, y croient dur comme les muscles d’Olivier, et chacun se dispute avec l’autre pour prouver qu’il a raison. Jacques, dont la voix de la sagesse est de temps en temps muselée par son désir ; Olivier, qui ne prononce pas deux phrases sans “queue” ou “baise” mais qui néanmoins est toujours, à sa manière amoureux de Jacques, et Mathan, avec ses idéaux de la vie à deux.
Chaque membre du public qui a un minimum de vécu et d’expérience s’identifie à un moment ou à un autre, à un, voire plusieurs des personnages. Le coup de maître de auteur est de concentrer tous les aspects et traits de caractère des gays actuels dans trois personnages (les gays de droite, ceux qui tapent sur les homophobes, ceux qui veulent partager leur savoir, ceux qui veulent aider les jeunes, ceux qui ont toujours leurs illusions, ceux qui veulent des enfants, etc). Une tranche de vie où l’amour, la méchanceté, l’ego, la différence de génération et le désir sont concentrés en une heure et demi.
Des répliques qui seront bientôt cultes, un texte drôle, léger mais pertinent et surtout sans euphémismes servi par trois acteurs brillants. Surtout Jacques. Il est pétillant, attachant, regarde le public avec exactement le regard qu’il faut pour leur arracher leurs larmes ou leurs sourires, une vraie présence sur scène. Je l’ai nommé, sans exagération, la Duse du Tango. Cela dit, les deux autres ont leurs charmes aussi ! La scène hot entre Olivier et Mathan en slip, ou encore, Olivier enserrant de ses biceps tendus le jeune Mathan, digne d’une photo de Bob Mizer.
De quoi clore la trilogie “Un Coeur” en grande pompe...
Retrouvez Candy Lafolle sur facebook.
Mathan ( Romain Poli), Olivier (Samuel Perche) et Jacques (Philippe Rambaud) sur la scène du Tango : ciel mon mari !

Dimanche 20 juin 2010
Jo Leemans, chanteuse néerlandaise
Imaginez qu'un ami, oiseau des ïles (Maurice) m'a demandé si j'avais des enregistrements de cette chanteuse néerlandaise... Elle a eu un grand succès dans les années 50 et aux débuts des années 60. Personnellement je l'avais découverte en farfouillant dans les magasins de disques d'Amsterdam lorsque je résidais aux Pays Bas de 1984 à 1986. On vous passe parfois ses chansons au bal (première partie de soirée), notamment sa version de "Que sera sera". J'adore la sonorité si curieuse de cette langue incompréhensible.
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