Vous le savez, je suis un habitué des réunions de concertation de la mairie de Paris. J’y suis régulièrement témoin d’un discours qui me semble favoriser la lepenisation des esprits. Qui tient ce discours ? Les petites vieilles attachées à la vie locale, qui sont souvent majoritaires dans ces réunions ? Non, très souvent ces dames sont charmantes et pas si réac que certains se plaisent à le dire un peu hâtivement. Des militants UMP ? Non, ils ne semblent pas être là . Des militants du Front National ? Je n’ai pas l’impression qu’ils soient très nombreux non plus dans ces conseils de quartier. Alors qui ? Les élus socialistes !
En effet la phrase que vous entendrez quasiment à chacune de ces réunions publiques est celle-ci : « vous n’êtes pas sans savoir que le maire de Paris ne dispose pas des pouvoirs de police qui dépendent de la Préfecture… ». Sous entendu, voyez avec le gouvernement ! Mais poursuivons le raisonnement : « Ah si nous étions au pouvoir, ou si le Maire de Paris avait l’autorité sur la police, cela ne serait pas pareil… ».
Ainsi, le 8 février dernier, lors d’une réunion sur la sécurité dans un quartier squatté par une bande de jeunes désœuvrés, dealers à l’occasion, et surtout très bruyants la nuit, le maire du 3ème sortira la fameuse tirade. Au passage, en contradiction totale avec l’esprit de la réunion, qui justement réunissait tous les acteurs concernés, notamment les policiers de terrain. Ceux-ci ont dû apprécier : ils venaient d’expliquer tout le travail réalisé, en concertation avec Monsieur le Maire, ils soulignaient la complexité de leur mission (en France les flics respectent les lois et n’embarquent pas les jeunes qui traînent pour un oui ou un non, il y a une procédure, des circonstances, et ils ne sont pas responsables du chômage des jeunes, ni de la morosité ambiante qui favorise la consommation d’alcool et de drogue, etc…). Donc la réunion abordait un problème difficile à traiter, pas seulement sécuritaire, et tout le monde le comprenait, y compris les vieilles dames, souvent plus compréhensives que les jeunes bobos ! Mais non, pour le Maire il était trop tentant de répéter la fameuse phrase magique : « je n’ai pas les pouvoirs de police ». Cela signifie quoi ? Si le maire socialiste avait les pouvoirs de police il ferait quoi ? Il multiplierait les rondes de la maréchaussée ? Il ferait arrêter les jeunes toutes les nuits ? Il lâcherait les chiens pour nettoyer le quartier ?
Autre exemple, autre contexte, le 8 mars. Réunion sur la propreté en présence des techniciens de la ville. Nous abordons le souci du passage du Pont aux Biches, occupé par des SDF. Les professionnels des services techniques expliquent : ils ne peuvent pas nettoyer correctement ce passage car on ne peut pas doucher les pauvres qui sont là ! Les riverains comprennent et soulignent effectivement que ces SDF ne sont pas agressifs. Depuis pas mal de temps des habitants réfléchissent à un nouvel aménagement urbain permettant d’éloigner les SDF. Bref, le discours général est plutôt constructif. Une dame demande, sans agressivité, s’il serait possible de pratiquer durant une période de temps prolongé un harcèlement policier. Et voilà que l’élue chargée du dossier, Monique Saliou, embraye avec le couplet magique : « je dois vous expliquer que le Maire de Paris n’a pas les pouvoirs de police… » Et je me mets en colère ! « Et alors, lorsque vous serez au gouvernement vous ferez quoi ? Vous installerez un car de CRS devant le passage pour empêcher les SDF de s’installer ? »
Voici comment les socialistes (et beaucoup d’autres) alimentent la lepenisation des esprits. Pourquoi laisser croire que la solution des problèmes de la ville est sécuritaire ? Pourquoi ne pas avoir le courage de répondre avec un vrai discours de gauche : dans ces deux exemples on a affaire à des problèmes d’une société qui va mal, qui relègue à la marge des exclus. Les rares riverains qui se déplacent lors de ces réunions sont capables de le comprendre et sont prêts à penser les problèmes en terme de solidarité plutôt que de sécurité. Les socialistes n’ont-ils plus confiance dans leurs idées généreuses ?
Pourquoi Marine Le Pen grimpe dans les sondages ? Parce que les femmes et les hommes politiques de gauche sous estiment la maturité de leurs administrés. Au lieu de rester fidèles à leurs valeurs, ils s’accrochent au pouvoir. Leurs discours ne sont plus dictés par des convictions mais par les sondages.
Alors citoyens de tous sexes et âges, mobilisez-vous, et ouvrez votre gueule !
Prochaine réunion du conseil du quartier Arts et Métiers, le mercredi 30 mars à 19 h 30 à la régie de quartier 58 rue du Vertbois. Ou comment trouver des solutions citoyennes aux soucis de la vie en collectivité.
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