Voici dans la série des rediffusions de l'été une chronique jamais publiée, mais toujours d'actualité (seules les enseignes ont parfois changé).
Durant l'été, j'ai eu la maladresse d'annoncer une chronique contant ma tournée d'été des backrooms parisiennes. Je me suis rendu compte très vite du peu de rapport entre ce vagabondage estival et le thème de Frissons sur le Net, censé vous faire humer régulièrement l'air du temps de La Boîte à Frissons. J'imagine du reste l'effarement des nombreux nouveaux abonnés qui vont lire aujourd'hui ces lignes.
Mais, à la suite des cette annonce, vous avez été nombreux, entre une valse et un paso doble, à me rappeler ma promesse.
En réalité, il va falloir s'entendre sur les mots. Vous me croirez ou non, je n'ai jamais fréquenté les backrooms au sens strict. Je n'ai jamais pu m'adonner aux plaisirs collectifs, ou du moins, à la promiscuité imposée par une backroom. En revanche, j'apprécie les espaces qui associent au déambulatoire des recoins intimes (dans le genre, les saunas, avec leurs cabines confortables, jamais très éloignées d'une douche, me semblent être le comble du raffinement).
C'est Madame H, qui en évoquant dans son spectacle sa visite des backrooms, m'a donné envie de revisiter ces lieux que je fréquentais jadis. Je me suis donc rendu successivement à L'Arène, aux Docks et au Dépôt.
Après plusieurs années de non fréquentation, je ne me suis senti nullement dépaysé. Ces lieux n'ont pas changé, les décors sont restés fidèles à leur style minimaliste d'origine : peinture noire, éclairage économe, mobilier rude. Le fond musical, plus ou moins fort, épargne toute vélléité de dialogue. Il est clair que la recherche du confort est le dernier souci des tenanciers de ces établissements. Au contraire, m'a-t-on expliqué, dans un de ces sous sol mal éclairé, où je m'étonnais qu'une odeur tenace d'urine ne semblait gêner personne : l'aspect brut de ces espaces fait partie du plaisir recherché.
Et les messieurs, de tous âges et toutes conditions (la concurrence effrénée liée à la prolifération des enseignes a modéré la hausse des prix de cette consommation) déambulent dans les labyrinthes, pratiquant mine de rien un sport excellent, la marche à pied (je vous accorde que l'aération des lieux laisse trop souvent à désirer).
Mais, et c'est ce qui m'a à la fois le plus surpris et le plus déçu, la recherche du plaisir ne semble dans ces lieux ne réjouir personne. J'ai parcouru des kilomètres avant de croiser une mine réjouie, j'ai attendu des heures qu'un sourire me soit lancé, et il a fallu que je rencontre le président d'une association gay et lesbienne organisatrice de thés dansants au Tango pour qu'enfin quelqu'un m'adresse la parole.
Telle est donc l'énigme. Ces établissements, censés être des lieux de plaisir et de liberté sexuelle, sont hantés par des personnages qui n'ont même pas l'air épanoui. Quel gâchis !
Le seul endroit où j'ai ressenti un petit air de fête rigolo (mais ce n'est pas gay, c'est plutôt pour les travellos et leurs amis) est une backroom semi privée dont je ne peux pas donner l'adresse. Elle est tenue par une vraie tenancière, travelottée, qui vous fait payer votre entrée à la sortie (quelle classe !). Il y a un bar où l'on discute avant de descendre dans un sous sol aménagé avec toutes les commodités : grand lit, canapés, préservatifs, etc. Bref, vous êtes quasiment reçus dans un salon privé par une dame plus vraie que nature qui met l'ambiance.
Pourquoi donc personne à Paris n’a encore eu l’idée et l’élégance d’ouvrir une telle backroom alternative ?
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