Paris, me revoilà !
Chroniques de Mado parues dans le journal Fugues à Montréal.
Je suis encore assise dans un avion, ou je devrais
plutôt dire que je suis à quatre pattes en d’ssous du siège à moitié
saoule en train d’essayer de retrouver ma mini-bouteille de Kalua
(dégueulasse je l’sais, mais quand tu veux pas voir le temps passer,
y faut c’qu’y faut).
Ça fait que me v’là encore partie pour une autre aventure, cette
fois-ci question d’aller écoeurer les Français pour leur enlever
l’envie de venir s’installer chez nous une fois pour toutes !
Les jalouses qui en ont assez de m’entendre raconter mes voyages
autour du monde parce que les seuls voyages que vous pouvez vous
payer sont les allers-retours au sauna du coin, ben relaxez vos
hémorroïdes, parce que cette fois-ci, j’m’en vas pas faire un voyage
d’agrément pantoute, oh que non, mes chéris, votre matante préférée
s’en va faire son premier show à l’extérieur de notre plusse meilleur
pays du monde.
Moé en show à Parisse,
la ville des crottes de chien et des filles qui se rasent pas le
d’ssous-de- bras, non mais tu vois ben qu’est folle ! J’peux-tu vous
dire que j’ai la chienne ben raide ! Y vont-tu me comprendre, les
grugeux de fromage bleu?
Y vont-tu rire de mon accent comme l’insignifiant de Thierry Ardisson?
Y vont-tu me gârocher des baguettes et des croissants par la tête
s’ils me trouvent plate?
Si j’pogne pas, j’va-tu être obligée de m’faire refaire la face
comme Julie Snyder pour qu’on oublie mon échec en terre française?
J’pourrais faire accroire que chu belge si ça marche pas.
Ça doit pas être si difficile que ça, j’ai juste à passer mon temps
à brailler et à dire aux journalistes que je suis une incomprise
qui vit dans l’ombre du succès de Céline.
Pour l’instant, tout ce qui compte, c’est de boire le plus de bouteilles
d’alcool que j’peux, afin d’oublier que j’m’en vas sûrement faire
une folle de moé devant une gang de macaques qui pensent encore
que les Québecois portent la chemise à carreaux et la ceinture fléchée
et qu’ils dorment dans des cabanes en bois rond en écoutant du Robert
Charlebois.
À chaque fois que je débarque à Paris, c’est la même histoire :
"Bonjour, la cousine québécoise.
Il fait froid chez vous?
Il y a encore de la neige?"
Ben oui, maudit zouave, le Québec, c’est le Pôle Nord, y fait
-25 en plein été, pis on pellette encore au mois d’août !
Ah les Français, après ils s’étonnent encore qu’on les traite de
maudits Français.
Dans le fond, j’devrais pas rire d’eux autres parce que c’est quand
même grâce à eux si on est débarrassé de Garou (et bientôt de Natasha
Saint-Pier, je l’espère), mais ceux qui sont déjà allés en France
connaissent très bien toutes les conneries qu’on peut entendre nous
concernant.
C’est un peu la même chose quand un Français débarque chez nous
pis qu’une petite madame d’Hochelaga-Maisonneuve lui demande : "c’est-tu
vrai que chez vous le monde se lave pas?"
On a beau avoir la même langue et les mêmes ancêtres, c’est quand
même drôle de voir à quel point on se connaît mal.
Quand les Français viennent chez nous, ils cherchent les Iroquois
et les originaux en plein centre-ville, pis quand nous autres on
va chez eux on cherche les poètes à bérets et les femmes en robe
de Marie-Antoinette.
J’espère juste une chose, c’est que les Parisiens auront pas trop
l’air bête et, surtout, que je serai pas obligée de parler anglais
pour me faire comprendre.
J’vous mens pas, la dernière fois que je suis venue, ça m’a pris
une demie-heure, pour commander un café au lait au bistro du coin
parce que je le savais pas, moé, qu’à Paris, ils appellent ça "un
crème".
Y peuvent ben trouver notre café dégueulasse s’ils boivent une
tasse de crème bouillie pour se réveiller le matin !
Même si je les trouve un peu arriérés, je dois avouer que je les
aime bien, nos cousins aux oreilles décollées. Comme moi, ils chialent
tout l’temps, ils parlent pour rien dire, ils se prennent pour le
nombril du monde, ils sont baveux, arrogants, impertinents, ils
disent tout haut ce qu’ils pensent tout bas, ils trouvent les Américains
quétaines et ils mettent de la mayonnaise sur leurs frites.
Juste pour ça, ils peuvent ben envahir le Québec tant qu’ils veulent
parce qu’entre nos grosses Anglaises de Westmount qui refusent d’être
associées à la culture québécoise et des touristes françaises qui
s’exclament : "comme c’est beau le Canada", en voyant un chien courir
après un écureuil, je choisis les vieilles picouilles françaises.
Un mois plus tard...
Vous voulez savoir si mes shows ont marché?
Vous aimeriez ça que j’vous dise que j’étais pourrie, pis qu’y avait
pas un chat dans la salle, hein, avouez? Ben, au risque d’en décevoir
une couple, j’étais sublime, pardon, géniale, extraordinaire, sensationnelle,
prodigieuse, divine, phénoménale,
et ajoutez-en tant que vous voulez parce qu’il n’y a pas de mots
assez forts pour décrire le malheur que j’ai fait en terre
française !
Oui, mes chéris, j’ai fait tout un tabac. J’ai cartonné, comme ils
disent là-bas.
Je fusse tout simplement magistrale ! Move over Céline, Lara, Linda,
Isabelle, Natasha, I am the new Queen of Parisse ! Oh la la, la
Mado s’pète les bretelles !
Fais attention, ma jolie, si ça continue, tu passeras pus dans
la porte !
Ça serait- tu que le succès vous aurait un ti peu monté à la tête
par hasard, Mlle Lamotte?
Pas du tout !
Je réagis comme n’importe quelle Parichienne qui débarquerait chez
nous pour la première fois, pis qui penserait que c’est le boutte
d’la marde de faire salle comble dans un bar country de la rue Ontario.
Parce que, voyez-vous, j'ai beau péter plus haut que l'trou, il
n'en demeure pas moins que l'endroit où j'ai connu la gloire en
48 heures ressemblait plus à une grange qu'à la cinquième salle
de la Place des Arts.
De toute façon, ce qui compte, c’est pas l’endroit, où j’ai performé,
mais bien que j’aie triomphé, voilà ! Et à ma grande surprise, les
Français n'ont eu aucun mal à comprendre mon accent et à rire de
mes bitcheries.
Moi qui pensais recevoir des camemberts par la tête à la première
moquerie, c'est tout le contraire qui s'est passé.
Ça applaudissait à tout rompre quand je les traitais d'andouilles
et, à la fin du show, les folles attendaient en line-up pour avoir
des autographes.
Va donc comprendre quelque chose là-dedans.
J'leur ai dit de rester chez eux pis d'arrêter de venir s'installer
chez nous pour voler nos jobs.
J'me suis moquée de leurs oreilles en choux-fleurs.
J'leur ai dit de se laver au lieu de s'asperger de parfum.
J'leur ai même dit d'arrêter de faire chier la
planète avec leur complexe de supériorité, pis la gang de mongols
étaient debout sur les tables à en redemander.
À un moment donné, j'me suis demandé s'ils comprenaient c'que j'disais
et s'ils riaient pour être polis, mais après j'me suis rappelé que
la politesse, ça fait pas partie du quotidien d'un Parisien.
Ceux qui ont déjà pris l'autobus ou le métro à Paris savent très
bien de quoi je parle. T'as beau être la première en ligne pour
embarquer, y aura toujours un effronté qui s'pitche devant toi sans
s'excuser.
Même chose à la banque, même chose à l'épicerie, même chose au cinéma.
J'ai ben l'impression que les lignes d'attente, les Parisiens y
sont allergiques à ça. Pis vous devriez voir comme ils s'énervent
pour des riens.
Tu leur demandes un renseignement, s'ils te répondent, t'as l'impression
de les déranger.
Tu marches pas assez vite, ils te tassent en poussant un gros soupir
d'exaspération.
Tu souris à un beau gars sur la rue, il te répond : "tu veux ma
photo". Tu leur marches sur un pied sans faire exprès, ils t'engueulent.
Pis allez surtout pas les contredire sur quoi que ce soit parce
qu'ils pourraient vous arracher la tête.
De toute façon, ils n'ont jamais tort, et eux-mêmes vous le diront,
ils savent tout et ils ont toujours raison.
Comme moi finalement !
Ah les Parisiens !
ç’a pas d’allure comme ils peuvent être pissants quand ils se prennent
au sérieux.
Pis le plus drôle, c’est qu’ils ne s’en rendent même pas compte.
