Le droit à l’image : la nouvelle goujaterie
Par Madame Hervé le lundi 21 septembre 2009, 13:10 - Humeurs - Lien permanent
Avec les photos numériques, plus personne ne respecte l'image de l'autre.
Je me souviens au début de notre bal, nous étions très vigilants sur les photos prises dans la boîte : le moindre flash nous faisait sursauter et nous allions demander aux photographes de ranger leur appareil. Pire, la moindre caméra qui sortait son bout d’objectif était immédiatement neutralisée. Cette phobie voulait juste préserver la tranquillité et l’anonymat des clients. Mais il s’agissait également d’un parti pris du lieu : Au Tango on est là pour s’amuser, pour vivre l’instant, pas pour se préoccuper de l’image que l’on donne.
Par rapport à la télé professionnelle j’ai été encore plus strict. Depuis une expérience malheureuse avec une équipe de tournage d’un magazine de canal +, j’ai décidé d’interdire tout tournage au Tango, et je répondais avec un peu de prétention : Personne n’a jamais filmé Nijinski dansant pour les ballets russes de Diaghilev, et tout le monde en parle encore avec fascination, au Tango ce sera pareil : nous n’aurons pas d’images filmées mais des souvenirs merveilleux !
Aujourd’hui avec les appareils numériques, incorporés ou non aux téléphones, plus personne ne semble se soucier du droit à l’image et de la possible envie d’anonymat. Et vas-y que je te filme tel couple en train de danser la valse (c’est si curieux !), et un petit film du Madison, et hop une prise de ce mignon torse nu, etc. Chacun dispose de son joujou photographique et emporte les images qu’il veut, qui par dessus le marché se retrouveront le lendemain exposées sur le Net.
Le côté sympa de la chose, c’est que chacun se fabrique sa boîte à souvenirs. Le côté inquiétant est que cela dénote la montée d’un état d’esprit où l’on se soucie de moins en moins des autres.
)


Commentaires
Oh j'ai plein de photos du Tango
Mais toujours de mes amis. Aucun inconnu. Ta préoccupation est légitime.
Pas mal vu du tout ! Véritable petite analyse sociétale ! Je ne l'avais jamais vu ainsi... mais c'est vrai : sans le savoir, on peut ruiner la vie de quelqu'un qui peut même n'apparaître qu'au 2nd plan de notre cliché pris au summum de l'action. Je laisse les gens le soin de penser au sens qu'ils voudront donner à ces derniers mots, héhé : autant de versions que de lecteurs, sans doute !!!!
Une telle réflexion me touche car elle dénote une véritable empathie, un souci très humain des gens qui ne sont pas uniquement vus comme des clients au bout du compte... Et au Tango, pas besoin d'être VIP pour être respecté dans son anonymat !
Philo sympa ! Bravo Hervé !