Je me souviens au début de notre bal, nous étions très vigilants sur les photos prises dans la boîte : le moindre flash nous faisait sursauter et nous allions demander aux photographes de ranger leur appareil. Pire, la moindre caméra qui sortait son bout d’objectif était immédiatement neutralisée. Cette phobie voulait juste préserver la tranquillité et l’anonymat des clients. Mais il s’agissait également d’un parti pris du lieu : Au Tango on est là pour s’amuser, pour vivre l’instant, pas pour se préoccuper de l’image que l’on donne.

Par rapport à la télé professionnelle j’ai été encore plus strict. Depuis une expérience malheureuse avec une équipe de tournage d’un magazine de canal +, j’ai décidé d’interdire tout tournage au Tango, et je répondais avec un peu de prétention : Personne n’a jamais filmé Nijinski dansant pour les ballets russes de Diaghilev, et tout le monde en parle encore avec fascination, au Tango ce sera pareil : nous n’aurons pas d’images filmées mais des souvenirs merveilleux !

Aujourd’hui avec les appareils numériques, incorporés ou non aux téléphones, plus personne ne semble se soucier du droit à l’image et de la possible envie d’anonymat. Et vas-y que je te filme tel couple en train de danser la valse (c’est si curieux !), et un petit film du Madison, et hop une prise de ce mignon torse nu, etc. Chacun dispose de son joujou photographique et emporte les images qu’il veut, qui par dessus le marché se retrouveront le lendemain exposées sur le Net.

Le côté sympa de la chose, c’est que chacun se fabrique sa boîte à souvenirs. Le côté inquiétant est que cela dénote la montée d’un état d’esprit où l’on se soucie de moins en moins des autres.