La scène se passe un vendredi soir. Ils sont deux, à priori beurs, ils ont un look plus « bled Â» que « fashion queen Â». Lorsque je les vois à la caisse, déjà entrés, je me demande si je dois les interroger ou non. Sont-ils homos ? Probablement pas, mais en même temps ils n’ont pas l’air méchants et semblent savoir où ils mettent les pieds. Je me dis qu’au moins, ici ils ne seront pas victimes de l’habituelle discrimination anti arabes à l’entrée des boîtes.

Tout de même je garde un œil sur eux dans la salle. Et le coup classique se produit. Ils matent les filles. Avec ce regard lourd qui en dit long. Donc ils sont bien hétéros. D’accord, c’est pas forcément une tare, mais qu’est ce qu’ils viennent faire ici ? Ces deux gars là, comme d’autres de temps en temps, tentent leur chance au Tango, une boîte sympa, pas chère, où on entre plutôt facilement. Ensuite c’est toujours le même scénario. Les mecs observent les filles, en tentant de repérer les non lesbiennes, et s’en approchent doucement, sans agressivité. Les filles, qui se sentent ici en sécurité, sont habituées à se lâcher avec leurs copains homos, trouvent donc plutôt sympa de danser avec nos deux égarés. Moi et Méziane, nous passons alors une bonne partie de la soirée à surveiller ce petit jeu, nous craignons l’incident, le geste déplacé, ou simplement l’agacement d’une lesbienne face aux manœuvres insistantes de nos deux dragueurs. Parfois nous demandons à ces mecs de partir, ce qu’ils font sans discuter du reste. Mais souvent ils sont malins, ils font gaffe, ils restent discrets, ou s’en tiennent aux filles qui ne sont pas hostiles, nous n’avons donc aucune raison objective pour intervenir.

En fin de nuit cela se termine toujours par un moment critique : lorsque les filles courtisées finissent par refuser d’aller plus loin, les échanges de regard entre tout ce petit monde virevoltent. La fille commence à être agacée, le mec est déçu, et moi je suis prêt à bondir ! Vendredi dernier cela s’est terminé sur le trottoir : la fille était accompagnée par ses copains homos et les deux gars ont fini par s’éloigner.

Alors qui faut-il bloquer à l’entrée ? Le mec hétéro discriminé qui se fraye un chemin dans la seule boîte où il parvient à entrer, ou la fille hétérote, qui dans une boîte homo ne sera pas capable de faire la différence entre les garçons homos inoffensifs et les vrais males en manque de femmes ?

Peut être comprendrez-vous mieux maintenant, l’attention que nous sommes parfois obligés de manifester à l’entrée de la boîte. Mieux vaut prévenir qu’être obligé ensuite de sévir !